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 Contexte : St. Germain se trouve en présence de sa maîtresse, Madeleine. Il pense à l’enfant qui grandi en elle… 

 

Pourquoi les hommes n’y pensent-ils jamais ? La plupart, y compris lui-même, considéraient l’arrivée d’un bébé comme une nécessité, pour des raisons d’héritage, ou comme un fléau. Celui-ci… Enfin, la plupart des hommes ne sauraient jamais ce qu’il savait et ne verraient jamais ce qu’il voyait.

 Une fois seulement, il lui était arrivé de ressentir ce sentiment de connexion avec une femme. C’était avec Amélie, perdue depuis tant d’années... Cette pensée lui fit comme un choc et son cœur sauta un battement. Avait-elle été enceinte ? Était-ce la raison de ses sentiments ? Mais il ne pouvait rien y faire pour l’instant. 

 Madeleine laissa enfin retomber ses bras et se détendit contre lui. Il l’embrassa avec une affection réelle.

 — Ce sera très beau, l’assura-t-il. Une fois que tu seras vraiment enceinte, je rachèterai ton contrat à Madame Fabienne et je t’emmènerai. Je t’achèterai une maison.

 — Une maison ?

 Elle écarquilla les yeux. Ils étaient verts, comme une émeraude claire. Il lui sourit à nouveau et s’écarta.

 — Bien sûr. À présent, dors un peu, ma chère. Je reviendrai demain.

 Elle lui sauta au cou et il eut quelques difficultés à s’extirper de son étreinte. D’ordinaire, il quittait le lit d’une putain sans autre sentiment que celui d’un soulagement physique. La connexion qu’il avait établie avec Madeleine ne ressemblait à   rien de ce qu’il avait vécu, à l’exception d’Amélie. Enfin… et de Mélisande aussi, maintenant qu’il y pensait... 

 Mélisande. Un doute le parcourut comme l’étincelle d’une bouteille de Leyde. 

Mélisande. 

(…)

 

Contexte : St. Germain et Maître Raymond sont dans la grotte quand celui-ci disparaît subitement sous les yeux médusés du comte…. 

  

(…)

 — Quel est l’objectif suprême de l’alchimiste ? demanda la grenouille, très sérieusement.

 — Transformer la matière, répondit machinalement Rakoczy.

Le visage de Raymond se fendit d’un large sourire amphibien.

 — Précisément ! Puis il disparut.

Il s’était littéralement volatilisé. Il n’y eut aucun nuage de fumée, aucun tour

 d’illusionniste, aucune odeur de soufre. Il n’était simplement plus là. Le parvis s’étirait, désert sous le ciel étoilé. Le seul mouvement fut celui d’un chat qui jaillit de l’obscurité en miaulant et passa près de Rakoczy en effleurant une de ses jambes.

 

Rakoczy était si secoué — et si excité — par cette rencontre qu’il erra sans savoir où il allait, traversa des ponts sans s’en apercevoir, se perdit dans le dédale des rues et des allées tortueuses de la rive gauche et n’atteignit sa maison que vers le petit matin, épuisé, mais l’esprit bourdonnant de spéculations. 

  

Plus jeune. Il en était sûr. Raymond la grenouille était plus jeune qu’il ne l’avait été trente ans auparavant. Donc, c’était possible — d’une manière ou d’une autre. 

  

Il était à présent convaincu que Raymond était bien un voyageur, comme lui. Ce devait être le voyage ; plus précisément, le voyage dans le temps. Mais comment ? Il avait essayé, plus d’une fois. Revenir en arrière était dangereux, et le voyage était physiquement épuisant, mais c’était possible. Si vous aviez les bonnes combinaisons de pierres, vous pouviez même arriver à une certaine époque — plus ou moins. Mais il fallait aussi un point de mire, quelqu’un ou quelque chose sur lequel fixer son esprit ; sans cela, on pouvait toujours se retrouver à un endroit quelconque. Et c’est là, pensait-il, le problème pour se rendre dans le futur : il n’était pas possible de se concentrer sur quelque chose dont on ignorait l’existence. 

 Mais Maître Raymond l’avait fait. 

 Comment, alors, persuader la grenouille de partager le secret ? Sans être hostile à son égard, Raymond ne semblait pas non plus amical ; Rakoczy ne s’attendait pas à ce qu’il le soit. 

 Une fille perdue, avait dit la grenouille. Et il avait empoisonné Rakoczy pour qu’il ne soit plus une menace pour la femme de Fraser, La Dame Blanche. Et cette femme avait brillé d’une lumière bleue — parce qu’elle l’avait touché en lui tendant la coupe ? Il ne se souvenait plus. Mais elle avait brillé, il en était sûr. 

 Donc, s’il avait raison, alors elle aussi était une voyageuse. 

 — Merveilleuse (1), murmura-t-il. 

 Il s’était déjà intéressé à cette femme ; maintenant il était possédé. Non seulement il voulait — avait besoin — de savoir ce qu’elle savait, mais elle était en quelque sorte importante pour Raymond, peut-être liée à la fille perdue — peut-être était-elle la fille perdue ? 

 S’il pouvait mettre la main sur elle... Il avait fait quelques recherches prudentes, mais personne à la Cour des Miracles, ou parmi ses relations les plus respectables, n’avait entendu parler de Claire Fraser au cours des trente dernières années. Son mari avait fait de la politique et était mort, pensait-il, en Écosse. Mais si elle était partie en Écosse avec lui, comment Raymond en était-il arrivé à la rechercher à Paris ? 

Ces pensées, et bien d’autres semblables, tournaient dans sa tête comme un essaim de puces, suscitant des démangeaisons de curiosité. 

 Le ciel avait commencé à s’éclaircir, bien que les étoiles brillassent encore faiblement au-dessus des toits. Il sentit la fumée de bois et une odeur de levure : les boulangeries allumaient leurs fours pour le pain du jour. Il entendit de lointains bruits de sabots, alors que les chariots des fermiers arrivaient de la campagne, remplis de légumes, de viande fraîche, d’œufs et de fleurs. La ville commençait à s’agiter. 

 Sa maison, son lit. Son esprit était calme maintenant, et son envie de dormir était irrésistible. Il y avait un chat gris assis sur le perron de sa maison, en train de se nettoyer les pattes. 

 — Bonjour (2), lui dit-il, et dans son état de somnolence et d’épuisement, il s’attendait presque à ce qu’il lui réponde. 

 Mais il ne répondit pas, et lorsque le majordome ouvrit la porte, le chat disparut si rapidement qu’il se demanda s’il avait vraiment été là. 

 

Ces derniers temps, épuisé par ses marches incessantes, Michael dormait comme un loir, sans rêves ni mouvements. Il se réveillait avec le soleil. Son valet Robert l’entendait alors remuer et accourait aussitôt, l’une des femmes de chambre sur ses talons avec un bol de café et des viennoiseries.

(…)

 

 Contexte : St. Germain a enlevé Joan… 

 

(…)

 Dans la cabine, il s’était présenté et excusé pour le dérangement — le dérangement, quel culot ! Ensuite, il lui avait serré les mains de plus en plus fort. Il les avait levées vers son visage, si près qu’elle avait cru qu’il voulait les sentir ou les embrasser. Puis il l’avait lâchée, plissant le front d’un air soucieux.

 Il n’avait écouté ni ses questions ni ses demandes d’être ramenée au couvent. En réalité, il paraissait avoir oublié sa présence un instant, la laissant blottie dans un coin de la banquette pendant qu’il réfléchissait intensément en fronçant les lèvres. Elle avait envisagé de sauter — elle avait presque eu le courage d’attraper la poignée de la porte, même si la voiture avançait à une telle vitesse qu’elle était presque sûre d’être tuée — mais les yeux de l’homme s’étaient à nouveau fixés sur elle, la clouant sur le siège comme s’il lui avait planté une aiguille à tricoter dans la poitrine. 

 — La grenouille, avait-il dit, déterminé. Tu connais la grenouille, n’est-ce pas ? 

 — Un certain nombre d’entre elles, avait-elle répondu en pensant que s’il était fou, elle ferait mieux d’aller dans son sens. Les vertes, surtout. 

 Ses narines s’étaient dilatées sous l’effet de la colère, et elle s’était repliée sur son siège. Puis il avait reniflé et s’était replongé dans ses sombres pensées, n’en sortant que pour dire : « Les rats ne sont pas tous morts », d’un ton accusateur, comme si c’était de sa faute. 

Sa bouche était si sèche qu’elle pouvait à peine parler, mais elle avait réussi à dire, « Oh ? Avez-vous essayé l’arsenic, alors ? ». Mais elle avait parlé en anglais, trop secouée pour parler français, et il n’avait pas semblé en prendre note. 

Puis il l’avait conduite dans cette chambre, l’avait brièvement assurée qu’il ne lui ferait aucun mal, avait ajouté négligemment le détail au sujet de sa sorcellerie et l’avait

enfermée à clef !

 

(…)

 

 Contexte : St. Germain expérimente la « magie » de Maître Raymond… 

 

(…)

 

Rakoczy se raidit. Une lumière bleue jaillit entre leurs mains jointes. Il hoqueta, parcouru par un courant d’énergie tel qu’il n’en avait jamais ressenti. Elle coulait comme de l’eau, comme de la foudre dans ses veines. Raymond tira sur son bras et Rakoczy franchit la ligne du pentagramme.

 Silence. Le bruit avait cessé. Il en aurait presque pleuré de soulagement.

 — Je… vous…, balbutia-t-il en regardant leurs mains où la lumière bleue pulsait maintenant doucement, au rythme des battements d’un cœur. 

 La connexion. Il sentait l’autre. Il le sentait dans son propre sang, dans ses os, et une exaltation stupéfaite le gagnait. Un autre. Par Dieu, un autre ! 

 — Vous ne le saviez pas ? demanda Raymond, surpris.

 — Que vous étiez un… (Il indiqua le pentagramme.) Je m’en doutais un peu.

 — Pas ça, corrigea Raymond, presque gentiment. Que vous étiez l’un des miens.

 — Des vôtres ?

 Rakoczy baissa à nouveau les yeux. La lumière bleue palpitait doucement, enveloppant leurs doigts.

 — Tout le monde a une aura, expliqua Raymond. Mais seuls mes gens, mes fils et mes filles, ont… ceci.

 

(…)

 

[Joan] serra soudain sa main si fort qu’elle fit craquer ses os et hurla à pleins poumons :

 — Ne le faites pas !

 Il se tourna juste à temps pour voir les deux hommes se volatiliser, le manteau du comte explosant en une gerbe d’étincelles. 

 Ils titubèrent côte à côte dans les longues galeries pâles, se guidant à la lumière vacillante des torches mourantes. Rouge, jaune, bleu, vert, un affreux violet qui donnait au visage de Joan une allure de noyée.

Des feux d’artifice, observa Michael. Un tour de prestidigitateur.

 

(…)

 

1 En français dans le texte

2 En français dans le texte

Correctif

 

L'espace de l'entre-deux

En voulant relire la nouvelle The Space Between en VO, une amie a fait une découverte étonnante. Voici ce qu'elle en dit :

Il existe deux versions différentes de cette nouvelle. En effet, il manque certains passages dans l’une des deux, et ceux-ci ne sont pas sans intérêt. Pour les francophones, il s’agit de la nouvelle traduite sous le nom de L’Espace De L’Entre-Deux dans le recueil Le Cercle Des Sept Pierres. Et bien-sûr, la version française est une traduction de la nouvelle incomplète.

 

 POURQUOI Y-A-T'IL DEUX VERSIONS ?

Cette nouvelle, datant de 2012, a été publiée dans un recueil de nouvelles de Diana Gabaldon (nommé A Trail Of Fire  ) au Royaume-Uni, et dans une anthologie avec d’autres nouvelles d’autres auteurs aux Etats-Unis (The Mad Scientist's Guide To World Domination  ).

Celle de l’anthologie américaine comporte des passages en moins, la plupart faisant référence au reste de la saga Outlander. Je pense qu’il s’agissait de ne pas perdre les lecteurs qui n’auraient pas lu les autres écrits de Diana, mais cela n'est qu'une supposition.

Les éditeurs américains ont ensuite republié la nouvelle en 2014, toute seule, dans un livre numérique nommé The Space Between  , puis dans le recueil qu’on connait aussi chez nous : Seven Stones To Stand Or Fall   (Le Cercle des Sept Pierres). Mais dans les deux cas, ils n’ont pas pris la version complète de la nouvelle, à la place ils ont republié la version tronquée, plutôt faite pour être compréhensible par des lecteurs lambdas. Certaines rééditions   papier et numérique plus récentes ont désormais la version complète, ce qui fait qu'on peut avoir l'une ou l'autre des versions sans le savoir au préalable.

Et c’est ainsi que notre version française de la nouvelle L’Espace De L’Entre-Deux  , traduite à partir du recueil américain Seven Stones To Stand Or Fall  , se trouve être elle aussi la nouvelle tronquée.

Quand la question a été posée à Diana sur TheLitForum, elle a répondu ne rien savoir de ces coupes et que ces passages devraient faire partie de la nouvelle.

 

 OU TROUVER LA VERSION COMPLÈTE ?

La version entière est donc lisible de manière certaine uniquement dans le recueil anglais A Trail Of Fire   dont je me suis procuré une copie. Et probablement dans les versions corrigées de Seven Stones To Stand Or Fall    .

 

Voici la traduction de certains des passages supprimés les plus intéressants (en bleu)