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Allégeance

Le deuxième épisode de la sixième saison s’ouvre sur la venue de Ian et Jamie au camp Cherokee. 

Rappelons qu’en tant qu’agent du roi, Jamie fait dorénavant office de médiateur entre les Indiens et les Britanniques. Posture délicate s’il en est car s’il accepte d’armer les Indiens afin qu’ils combattent du côté des loyalistes, cela revient à armer ses futurs ennemis puisqu’à court terme, lui-même va rejoindre le rang des rebelles. 

Pour autant, et nous l’avons compris depuis bien longtemps, le cœur de Jamie tend vers les natifs et non vers les colonisateurs. À nouveau, il se trouve pris en étau entre sa conscience et sa connaissance de l’avenir, bien que, pour une fois, Claire n’a pas été en mesure de le renseigner sur le camp soutenu par les Cherokees au cours de cette révolution. 

 

Incapable de choisir, Jamie décide de ne pas relayer la demande de « Oiseau qui chante » de posséder des armes et en explique la raison à son neveu. 

- Connaitre le futur peut-être une bénédiction et une malédiction, rajoute-t-il, sois prudent.  

 

Ayant appris par Brianna qu'à l'avenir, les Indiens seront finalement privés de leurs terres et de leurs droits, Ian estime quant à lui , qu’ils ont mérité de recevoir des armes afin de se défendre. Il prend parti pour eux et se désolidarise de son oncle.  

En premier lieu, Jamie ne comprend pas pourquoi, mais par la suite, il surprend une conversation durant laquelle Ian confie à Marsali qu’il a eu un enfant avec sa femme indienne. Cela convainc Jamie d’écrire au gouverneur pour l’encourager à armer les Indiens. 

- Qu’est-ce qui t’a fait changer d’avis ? lui demande Claire. 

- Ian, lui répond-il. S’il se bat pour les Cherokees, c’est parce qu’ils sont de sa famille. Son allégeance va vers son peuple et mon allégeance va vers lui. 

  

Pour la première fois Jamie agit non pas en fonction de l’histoire future, mais celle présente. Ses actes ne sont pas guidés par un sentiment de responsabilité envers ce qu'il sait de l'avenir, mais par ce qu’il ressent. Comme il le dit : advienne que pourra. 

  

Pendant que Jamie se trouve au camp Cherokee, Claire vérifie l’état de la main de Tom Christie et lui propose de l’opérer. Il refuse en se réfugiant derrière la soi-disant volonté de Dieu de l’avoir voulu infirme. 

Claire se moque de lui en faisant la comparaison avec sa chèvre blessée qu’il a pourtant fait soigner. Vaut-il donc moins que sa chèvre, aux yeux du Seigneur ? 

Incapable d’argumenter contre cela, et comme à son habitude, Christie cite le Nouveau Testament, notamment la lettre de Saint Paul à Timothée. 

Malva qui se tient derrière lui le devance :  

- Que la femme apprenne en silence. Je ne lui permets pas d’enseigner, ni de prendre autorité sur l’homme, mais qu’elle demeure dans le silence. 

Mais il en faut plus pour faire taire Claire qui ironise. 

-  Je crois que Saint Paul a rencontré une femme qui avait plus d’arguments que lui. Et il est plus facile de bâillonner tout un sexe que de gagner loyalement son point de vue. 

Alors que Malva ne peut s’empêcher de sourire - on imagine qu’elle aurait beaucoup à dire sur le sujet - son père lui cite une maxime célèbre. 

- L’oisiveté est mère de tous les vices, Malva. Va-t’en. 

Saison 6, épisode 2

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Par Valérie Gay-Corajoud

Si je prends la peine de rapporter cette scène en détail, c’est parce qu’elle est à mon sens révélatrice de bien des choses. 

Tout d’abord elle confirme que Christie n’a de relation avec autrui que par l’entremise de la bible ou de proverbes qui vont dans son sens et qu’il s’en sert non seulement pour camoufler ses peurs, mais aussi pour faire taire les femmes qu’il craint par-dessus tout, Claire encore plus que les autres. 

Ensuite, que Malva, bien qu’apparemment obéissante, n’est pas complètement soumise à la tyrannie de son père. On devine chez elle un caractère affirmé et une volonté de connaissance et de liberté. Son admiration pour Claire est déjà lisible. 

Quant à Claire, comme toujours, sa seule inquiétude est de ne pas être en mesure de soigner une personne malade. La rhétorique machiste de Christie la laisse de marbre. Ce n’est évidemment pas la première fois qu’elle y est confrontée. 

D’ailleurs, elle ne s’avoue pas vaincue. 

- En vérité, je crois que vous êtes effrayé, lui dit-elle une fois Malva sortie. Effrayé de souffrir lorsque j’opèrerai votre main. 

Elle a beau lui parler de l’éther et de ses vertus anesthésiantes, rien n’y fait et Christie la quitte sans même prendre la peine de répondre. 

  

Tout dans cet échange dévoile les raisons qui font de Claire un danger à combattre pour Tom Christie, aussi fragile que rigide, mais également pour sa fille qui ne demande qu’à s’émanciper de son autorité. 

Et il en est de même pour Allan qui ne semble pas plus résolu que son père de permettre à sa sœur de s’éloigner du giron familial. 

Quoi qu’il en soit de l’attitude future de Malva, je pense qu’il est fondamental de ne jamais oublier ce carcan patriarcal dans lequel elle est élevée, pour ne pas dire, enfermée.   

  

Ce qui est ironique , c’est qu'un peu plus tard, Christie accepte finalement de se faire opérer parce qu’il n’est pas parvenu à maintenir son ceinturon avec sa main infirme afin de fouetter sa fille qui avait laissé tourner le lait. 

- C’est parce que tu passes trop de temps avec madame Fraser, hurle-t-il. Tu as une âme aussi sombre que celle de ta mère, et tu sais ce qui lui est arrivé ! 

 

Est-ce le sentiment d’impuissance qui lui a fait changer d’avis ? Ou le regard obstiné et pertinent de Malva qui laisse entrevoir une résistance à laquelle il n’est pas habitué et qui le terrifie ? 

Le repas est écourté par les contractions de  Marsali. L'enfant va naitre. 

Hélas, tout ne se passe pas comme il faut et Claire craint pour la vie de la jeune femme qui réclame son mari désespérément.  

Roger part à la recherche de Fergus et le convainc de se rendre auprès de son épouse. 

- Va la rejoindre, lui dit-il, et sois l’homme qu’elle veut que tu sois. Fais semblant s’il le faut, et peut-être que lorsque tu seras auprès d’elle, tu n’auras plus à faire semblant. 

 

Il est de plus en plus évident que Roger a trouvé sa place au sein de la communauté. Il peut dorénavant se munir d’une certaine autorité qu’il aurait eu beaucoup de mal à assumer auparavant.   

  

Alors que Marsali est désespérée, Fergus arrive enfin et lui fait l’amour afin de stimuler les contractions. Le couple est beau, amoureux et complice. Nous sentons bien tout ce qu'il y a de fort en eux et nous espérons que la venue de cet enfant redonnera confiance à son père.  

 

L’enfant nait finalement, mais, effaré, Fergus réalise qu'il est atteint de nanisme. Il s’enfuit tandis que Marsali berce son fils avec tendresse. 

- Il est magnifique, dit-elle le regard empli d'amour. 

 

Le nouveau venu se nommera Henri-Christian. Un grand nom pour un petit enfant. 

Claire se rend chez Marsali qui arrive bientôt au terme de sa grossesse. Elle remarque un nouveau bleu sur son bras et s’inquiète à propos d’une éventuelle violence de la part de Fergus. 

- Cela n’a échappé à personne qu’il boit plus que de raison, dit-elle, ce qui laisse supporser que tout le ridge est au courant, Jamie compris. 

  

Certains fans se sont insurgés à ce propos sur les réseaux sociaux, s’étonnant que Jamie n’intervienne pas pour recadrer son fils, laissant Marsali se débrouiller seule. 

Mais ce n’est pas dans les habitudes de Jamie de se mêler de la vie des autres. Il est très respectueux de l’intimité de ses proches, et même de ses enfants à qui il fait confiance. C’est un leader et non un patriarche, en opposition à Lionel Brown par exemple, qui voulait diriger l'existence de sa fille, lui interdisant un mari qu’il n’aurait pas choisi. 

De plus, Marsali - qui est certainement l’un des personnages les plus courageux et attachants qu’il soit – admet que, s’agissant de ce bleu en particulier, c’est elle qui a malmené Fergus qui ne l’a saisie par le bras que pour se défendre. 

Pour autant, elle se sent seule. Elle a beau faire, beau dire, rien ne parvient à sortir Fergus du désespoir dans lequel il s’enferme. 

- Il s’en veut de n’avoir pas su me protéger de Lionel Brown, avoue Marsali. 

- Mais il n’était même pas là ! lui répond Claire. 

- Je ne cesse de lui dire ! Mais rien n’y fait. 

  

Nous savons que Fergus souffre également de son infirmité. Au Ridge, tous les hommes sont actifs, ils coupent du bois, bâtissent des maisons, partent à la chasse… Mais lui, le petit français, n’est bon qu’à fabriquer du Whisky, alors pour oublier, il boit. 

Toujours en quête d’une identité qui s'accorderait à l’époque dans laquelle ils sont désormais résolus à vivre, Roger et Brianna semblent finalement trouver leurs voies. 

Roger accepte de prendre la parole pour les funérailles de la mère d’Hiram Crombie. Il s’avère que la vieille femme n’était pas encore vraiment morte et qu’à l’occasion de ce malentendu qui bouleverse toute la communauté, Roger a pu montrer son autorité et son efficacité aux yeux de tous, à tel point que Christie lui demande de prêcher les dimanches suivants.  Cela arrange Jamie également, qui craint que Christie se serve de son église comme d’une arme de guerre. 

  

Brianna quant à elle, écoutant les conseils de sa mère sur le fait de mettre en pratique ses inventions, se lance dans la fabrication d’allumettes grâce au phosphore blanc que Lord John lui a envoyé. Heureuse du résultat, elle fait la surprise à la famille lors d’un diner, mais se désole de constater qu’ils auraient préféré qu’elle attende un enfant plutôt que de proposer un objet dont ils ne saisissent pas l’intérêt immédiat. 

- J’allume très bien mon feu avec des silex, rétorque Lizzie. 

C’est d’autant plus difficile à entendre qu'elle voudrait bien tomber enceinte, mais n’y parvient pas. 

Alors que la grande histoire se met en marche afin de dessiner l’Amérique telle que nous la connaissons aujourd’hui, les habitants de Fraser’s ridge tentent de suivre leur chemin sans se perdre. Les obstacles sont nombreux, mais les âmes sont courageuses.