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Pour rappel, la correction se fera ainsi 

En noir : le texte tel qu'il est dans la version française et validé par la traductrice

En Bleu : le texte tiré de la version originale, absent dans la version française d'origine et enfin traduit.

En blanc et rayé, le texte ajouté dans la version française d'origine ne figurant pas dans la version originale.

Correctif

Tome 1  Chapitre 28

Outlander, tome 1, Le Chardon et le Tartan, chapitre 28, ©Diana Gabaldon  

Description : En allant décoincer le moulin près de Lallybroch, Claire et Jamie ont une discussion concernant leur passé amoureux respectif. 

 Notes : C’est le fameux passage ou Jamie raconte l’anecdote le concernant lui et son oncle Dougal… (Lucie) 

 Traduit par Lucie Bidouille 

Corrigé par Sophie Merle – Relu et re-corrigé par Anne Montégu-Terrière 

 

 

[…]

 

Un matin après le petit déjeuner, Jamie se leva de table en annonçant qu'il comptait se rendre de l‟autre côté de la vallée pour voir un cheval que Martin Mack avait mis en vente. 

Jenny se tourna vers lui, l‟air soucieux. 

— Tu crois que c'est raisonnable, Jamie ? On a vu plusieurs patrouilles anglaises dans le comté, le mois dernier. 

Il haussa les épaules, prenant son manteau sur la chaise.

 — Je ferai attention.

 — Oh, Jamie ! lança Ian qui entrait au même moment, les bras chargés de bûches. Tu pourrais faire un tour au moulin, ce matin ? Jock est passé hier pour nous dire que la roue

 était coincée. J‟y ai jeté un œil, mais nous n‟avons rien pu faire. Une saleté a dû se prendre dans une des aubes, au fond de l‟eau.

 Il frappa le sol de sa jambe en bois. 

— Je peux encore marcher, Dieu merci, et monter, mais pas question de nager. Je patauge tout juste comme un chien.

 Jamie reposa son manteau.

 — Tant mieux, Ian, autrement je suis sûr que tu passerais tes matinées à barboter dans l'étang au lieu de travailler. J'y vais. 

Se tournant vers moi, il ajouta :

— Tu veux venir, Sassenach ? Il fait beau, ce matin, tu pourras emporter ton petit panier.

 Il lança un clin d'œil ironique à l'énorme panier qui me servait pour mes cueillettes.

 — Je file me changer, attends-moi.

 Sur ce, il grimpa quatre à quatre les marches de l'escalier.

 Ian et moi échangeâmes un sourire. Si Ian regrettait de ne plus pouvoir tout faire, ce sentiment était largement atténué par le plaisir de voir l'enthousiasme de Jamie.

 — C‟est bon de l'avoir de nouveau à la maison, me confia-t-il.

 — Ah, si seulement nous pouvions rester ! soupirai-je.

 Ses doux yeux bruns s'emplirent d'inquiétude.

— Vous n'allez quand même pas nous quitter tout de suite ? 

— Non, mais il faut partir avant les premières neiges. 

Jamie avait décidé que la meilleure solution était de nous rendre à Beauly, siège du clan des Fraser. Là-bas, son grand père, lord Lovât, pourrait peut-être nous aider. Et sinon, il pourrait au moins nous arranger la traversée vers la France. 

Ian hocha la tête, rassuré. 

— Ça va, il vous reste encore quelques semaines.

 

C'était une belle et lumineuse journée d‟automne, avec l‟air embaumant le cidre et un ciel si bleu que l‟on aurait pu s‟y noyer. Nous marchions lentement pour que je puisse garder un œil sur les plants tardifs d‟églantine et de cardère, bavardant avec désinvolture.  

“C‟est Quarter Day1 la semaine prochaine”, fit remarquer Jamie. “Est-ce que ta nouvelle robe sera prête ?”  

“Je pense, oui. Pourquoi, est-ce une grande occasion ?”  

Il me sourit, attrapant le panier pendant que je me penchais pour ramasser une tige de barbotine.  

"Oh, d‟une certaine façon. Pas comme le grand événement de Colum, rassure-toi, mais tous les locataires de Lallybroch viendront payer leur loyer et présenter leurs respects à la nouvelle Lady de Lallybroch.”  

“Je m‟attends à ce qu‟ils soient surpris que tu aies épousé une Anglaise.”  

“J‟imagine que quelques pères pourraient être déçus; j‟ai courtisé une ou deux lass avant d‟être arrêté et emmené à Fort William.”  

“Es-tu déçu de ne pas t‟être marié avec une fille du coin ?” demandai-je coquettement.  

“Si tu penses que je vais dire 'oui', alors que tu tiens un couteau d‟élagage,” remarqua-t-il, “tu sous-estimes mon bon-sens.”  

Je laissai tomber le couteau d‟élagage, que j‟avais pris afin de creuser, tendis mes bras, et patientai. Quand il m‟eut enfin relâchée, je me penchai pour reprendre le couteau, et le taquinai: “Je me suis toujours demandée comment tu étais resté vierge si longtemps. Les filles de Lallybroch sont-elles donc toutes quelconques ?”  

“Non”, dit-il en plissant les yeux face au soleil du matin. “C‟était surtout mon père le responsable. On se promenait dans les champs le soir lui et moi, parfois, et on parlait de choses et d‟autres. Et une fois que j‟ai été assez vieux pour qu‟un tel sujet soit abordé, il m‟a dit qu‟un homme doit être responsable de n‟importe quelle graine qu‟il sème, car c‟est son devoir de prendre soin d‟une femme et de la protéger. Et que si je n‟étais pas prêt à le faire, alors je n‟aurais pas le droit de faire peser sur une femme les conséquences de mes propres actions.” 

Il regarda derrière nous, vers la maison. Et vers le petit cimetière familial, près du pied du broch, où ses parents étaient enterrés. 

 “Il disait que la meilleure chose dans la vie d‟un homme est de se coucher avec une femme qu‟il aime,” dit-il doucement. Il sourit, ses yeux aussi bleus que le ciel au-dessus de nous. “Il avait raison.”  

Je touchai légèrement son visage, traçant une courbe du bas de sa joue à sa mâchoire.  

“Pas facile pour toi, cependant, s'il s‟attendait à ce que tu patientes aussi longtemps pour te marier,” dis-je.  

Jamie sourit, le kilt battant autour de ses genoux dans la brise mordante d‟automne.  

“Eh bien, l‟Église enseigne que la masturbation est un péché, mais mon père disait qu‟il pensait que si on devait faire un choix entre abuser de soi-même ou d‟une pauvre femme, un homme décent choisirait de faire le sacrifice.” 

 Quand j‟eus cessé de rire, je secouai la tête et dis: “Non. Non, je ne le demanderai pas. Tu es resté vierge, cependant.”  

“Strictement par la grâce de Dieu et de mon père, Sassenach. Je ne crois pas que j‟aie beaucoup pensé à autre chose qu‟aux lassies, une fois que j‟ai eu environ quatorze ans. Mais c‟est alors que j‟ai été placé auprès de Dougal à Beannachd.”  

“Il n‟y avait pas de filles là-bas?” demandai-je. “Je croyais que Dougal avait des filles.” 

  

“Aye, il en avait quatre. Les deux plus jeunes n‟avaient rien de particulier, mais l‟aînée était une très belle lassie. Molly, elle avait un ou deux ans de plus que moi. Et pas très flattée par mes attentions, je pense. J‟avais l‟habitude de l‟observer par dessus la table au souper, et elle me regardait de haut et me demandait si j‟avais la catarrhe. Parce que si oui, je devais aller me coucher, et sinon, elle me serait très obligée de fermer ma bouche, car elle n‟avait pas très envie de regarder mes amygdales pendant qu‟elle mangeait.”  

“Je commence à comprendre comment tu es resté vierge », dis-je en remontant mes jupes pour passer par-dessus une clôture. “Mais elles ne peuvent pas toutes avoir été comme ça.”  

“Non,” dit-il après reflexion, me donnant la main pour franchir la clôture. “Non, elles ne l‟étaient pas. La sœur cadette de Molly, Tabitha, était un peu plus amicale.” Il sourit à ce souvenir.  

“Tibby a été la première fille que j‟ai embrassée. Ou peut-être devrais-je dire la première fille qui m‟a embrassé. Je portais deux seaux de lait pour elle, de la grange à la laiterie, complotant tout le chemin pour trouver comment la coincer derrière la porte, où il n‟y avait pas de place pour s‟échapper, et l‟embrasser là-bas. Mais mes mains étaient pleines, et elle a dû ouvrir la porte pour que je passe. Alors c‟est moi qui me suis retrouvé derrière la porte, et Tib s‟est approchée de moi, m‟a pris par les deux oreilles et m‟a embrassé. Elle a aussi renversé le lait”, a-t-il ajouté. 

 “Ça ressemble à une première experience mémorable,” dis-je en riant.  

“Je doute avoir été son premier,” dit-il en souriant. “Elle en savait beaucoup plus que moi. Mais nous n‟avons pas pu beaucoup pratiquer; un jour ou deux plus tard, sa mère nous a attrapés dans le garde-manger. Elle n‟a pas fait plus que me jeter un regard en coin et dire à Tibby d‟aller mettre la table pour le dîner, mais elle a dû en parler à Dougal.” 

 Si Dougal MacKenzie avait été si prompt à voir une insulte à l‟honneur de sa sœur, je pouvais imaginer ce qu‟il aurait pu faire pour défendre celui de sa fille.  

“J‟en frémis d‟avance,” dis-je en souriant.  

“Moi aussi,” dit Jamie en frissonnant. Il me lança un timide coup d‟oeil. “Tu sais que les jeunes hommes le matin, parfois ils se réveillent avec... eh bien, avec…” Il rougissait.  

“Oui, je sais,” dis-je. “Il en va de même pour les vieillards de vingt-trois ans. Tu crois que je ne le remarque pas ? Tu me l‟as fait constater assez souvent.” 

“Mmmphm. Le lendemain du jour ou la mère de Tib nous a atrappés, je me suis réveillé à l‟aube. J‟avais rêvé d‟elle— Tib, je veux dire, pas sa mère — et j‟ai été surpris de sentir une main sur ma bite. Ce qui était surprenant, c‟est que ce n‟était pas la mienne.”  

“Et forcement ce n‟était pas Tibby ?”  

“Eh bien, non, c‟était pas elle. C‟était son père.” “Dougal?! Quoi… ?”  

“Eh bien, j‟ai ouvert grands les yeux et il m‟a souri, chaleureusement. Et puis il s‟est assis sur le lit et nous avons eu une belle petite conversation, d‟oncle à neveu, de père d‟accueil à fils adoptif. Il a dit combien il aimait que je sois là, qu‟il n‟avait pas de fils à lui, et tout ça. Et combien sa famille m‟aimait, et caetera. Et à quel point il détesterait penser que je puisse tirer profit des sentiments bons et innocents que ses filles pouvaient nourrir envers moi, et enfin comment il était bien évidemment très heureux de pouvoir me faire confiance comme si j"étais son propre fils.”  

“Et tout le temps qu‟il parlait et que j‟étais couché là, il avait une main sur son poignard, et l‟autre reposant sur mes belles jeunes boules. Alors j‟ai dit „oui, mon oncle‟, et „non, mon oncle‟, et quand il est parti, je me suis roulé dans la couverture et j‟ai rêvé de porcs. Et je n‟ai pas embrassé de fille à nouveau jusqu‟à ce que j‟aie seize ans, et que je sois allé à Leoch.”  

Il me regarda en souriant. Ses cheveux étaient lacés en arrière avec une lanière de cuir, mais les mèches plus courtes pointaient au sommet comme d‟habitude, scintillantes de rouge et d‟or dans l‟air vif et clair. Sa peau s‟était assombrie de bronze doré au cours de notre voyage de Leoch et Craigh na Dun, et il ressemblait à une feuille d‟automne, tourbillonnant joyeusement au gré du vent. 

 “Et qu‟en est-il de toi, ma jolie Sassenach?” demanda-t-il en souriant. “As-tu eu de jeunes garçons haletants sur tes talons, ou étais tu timide et chaste?" 

 “Un peu moins que toi,” dis-je avec circonspection. “J‟avais huit ans.” “Jézabel. Qui était le chanceux?” 

 “Le fils du guide. C‟était en Egypte. Il avait neuf ans.” 

 “Och, eh bien, tu n‟es pas à blâmer alors. Conduite égarée par un homme plus âgé. Et un satané païen, rien de moins.”  

Le moulin se révéla à nos yeux, aussi joli qu‟une photographie, avec une vigne d‟un rouge profond rayonnant sur mur de plâtre jaune, et les volets ouverts à la lumière du jour, en bon état en dépit de la peinture verte usée. L‟eau jaillissait joyeusement le long de l‟écluse sous la roue qui tournait au ralenti dans la retenue d‟eau. Il y avait même des canards sur l‟étang, verts-bleus aux yeux dorés, s‟arrêtant pour se reposer de leur vol vers le Sud. 

 “Regarde,” dis-je en faisant une pause au sommet de la colline, mettant ma main sur le bras de Jamie pour l‟arrêter. “N‟est-ce pas charmant?” 

 “Ce serait un spectacle plus beau encore si la roue tournait,” dit-il, pratique. Puis il me regarda et sourit. “Oui, Sassenach. C‟est un bel endroit. J‟avais l‟habitude de nager ici quand j‟étais enfant, il y a un large étang autour de la courbe du ruisseau.” 

 Un peu plus loin en bas de la colline, la mare est devenue visible à travers l‟écran des saules. Les garçons aussi. Ils étaient quatre, sportifs, s‟éclaboussant et criant, tous nus comme des vers. 

 “Brrr,” dis-je en les regardant. Le temps était beau pour un mois d‟automne, mais il y avait assez de fraicheur dans l‟air pour me rendre heureuse d‟avoir apporté un châle. “Rien qu‟en les regardant cela me donne froid.” 

 “Och?” dit Jamie. “Eh bien, laisse-moi te réchauffer alors.” 

 En jetant un coup d‟œil aux garçons dans le ruisseau, il recula à l‟ombre d‟un grand châtaignier. Il mit ses mains sur ma taille et m‟attira dans l‟ombre. 

“Tu n‟es peut-être pas la première lass que j‟ai embrassée,” dit-il doucement. “Mais je jure que tu seras la dernière.” Et il pencha la tête vers mon visage. 

 

 Une fois que le meunier fut sorti de son repaire et que les présentations hâtives furent faites, je m'installai confortablement sur la berge de l'étang pendant que Jamie écoutait les explications du problème. Puis le meunier rentra dans son moulin pour tenter de faire tourner sa meule. Jamie attendit quelques minutes et commença à se déshabiller.

 — Rien à faire, m'informa-t-il. Ian avait raison, quelque chose s'est coincé sous la roue. Il va falloir que je plonge.

 

[…]