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Pour rappel, la correction se fera ainsi 

En noir : le texte tel qu'il est dans la version française et validé par la traductrice

En Bleu : le texte tiré de la version originale, absent dans la version française d'origine et enfin traduit.

En blanc et rayé, le texte ajouté dans la version française d'origine ne figurant pas dans la version originale.

Correctif

Tome 2  Chapitre 40

 Outlander, tome 2, Le Talisman, chapitre 40, ©Diana Gabaldon 

Description : Claire et Jamie sont chez le grand-père de celui-ci, Lord Lovât. Dans son bureau, Jamie essaye de le convaincre de s'allier à Charles-Edouard, quand le vieux renard décide de menacer Claire. Il n'y a pas de passage manquant à proprement parler, mais celui-ci a été résumé et de fait il manque des tas de descriptions qui rendaient le chapitre très drôle à l'origine! 

Traduit par Lucie Bidouille Corrigé par Anne Montégu-Terrière 

 

 

40. Le repaire du vieux renard 

 

 

[…]

Au cours des jours qui suivirent, je ne vis pratiquement pas Jamie. Pendant la journée, il chassait ou battait la campagne avec son grand-père (Lovât était un homme vigoureux, malgré son âge), et le soir, il s'enfermait pour boire avec lui dans son bureau pendant que le vieux renard tirait peu à peu ses conclusions et établissait ses plans. 

Je passais le plus clair de mon temps avec Frances et les autres femmes. Lorsque l'ombre menaçante de son redoutable père ne planait plus sur elle, Frances trouvait le courage de parler en son nom propre. Elle s'avéra une compagne intelligente et intéressante. Sous sa direction, la vie du château était parfaitement réglée ; mais dès qu'apparaissait son père, elle se retranchait derrière une façade neutre, gardait les yeux baissés et parlait d'une petite voix à peine audible. Je pouvais difficilement l'en blâmer.

Deux semaines après notre arrivée, Jamie vint me trouver dans le petit salon où je me tenais en compagnie de Frances et d'Aline, et m'annonça que lord Lovât souhaitait me voir.

Le vieux renard était assis dans le grand fauteuil en bois sculpté de son bureau. Je pris place sagement dans un coin et savourai un verre de porto, pendant que le grand-père interrogeait une nouvelle fois son petit-fils. 

Le vieux Simon agita une main désinvolte vers les bouteilles posées sur la table près du mur, puis il s'assit dans un large fauteuil en noyer sculpté, recouvert d'un 

rembourrage en velours bleu usé. Le siège s'adaptait à sa morphologie courte et trapue comme s'il avait été fait sur mesure ; je me demandai s'il avait été fabriqué sur commande ou si, après une longue utilisation, le vieil homme avait fini par prendre la forme du fauteuil. 

Je m'assis discrètement dans un coin avec mon verre de porto, et restai silencieuse pendant que Simon interrogeait à nouveau Jamie sur la situation et les perspectives de Charles Stuart. 

Pour la vingtième fois en une semaine, Jamie répéta patiemment le nombre de troupes opérationnelles, la structure du commandement (dans la mesure où il en existait un), l'armement disponible et son état (médiocre pour la plupart), les perspectives de voir Charles rejoint par Lord Lewis Gordon ou les Farquharsons, ce que Glengarry avait dit après Prestonpans, ce que Cameron savait ou déduisait du mouvement des troupes anglaises, pourquoi Charles avait décidé de marcher vers le sud, etc. Je me surpris à piquer du nez au-dessus du verre que je gardais à la main, et me redressai brusquement, juste à temps pour empêcher le liquide couleur rubis de se déverser sur mes jupes. 

"...et Lord George Murray et Kilmarnock pensent tous deux que Son Altesse serait mieux avisée de se retirer dans les Highlands pour l'hiver", conclut Jamie, en baillant à se décrocher la mâchoire. Mal à l'aise sur la chaise au dossier trop étroit qui lui avait été octroyée, il se leva et s'étira, son ombre vacillant sur les pâles tentures qui recouvraient les murs de pierre. 

– Dis-moi encore ce que tu penses de Charles-Édouard, ordonna Simon Fraser. 

"Et toi, qu'en penses-tu?" Les yeux du vieux Simon brillaient sous ses paupières à moitié fermées alors qu'il se redressait sur sa chaise. Les flammes brûlaient haut et fort dans l'âtre ; Frances avait étouffé le feu de la salle principale en le recouvrant de tourbe, mais celui du bureau avait été rallumé sur ordre de Lovât, et avec du bois, et non de la tourbe. L'odeur de résine de pin qui émanait du bois brûlé était âcre, mêlée à l'odeur plus épaisse de fumée. 

La lumière projetait l'ombre de Jamie sur le mur alors qu'il faisait les cent pas, évitant désormais de s'asseoir. Il faisait sombre dans le petit bureau où nous étions confinés, les rideaux avaient été tirés pour la nuit. C'était très différent du jardin ouvert et ensoleillé dans lequel Column lui avait posé la même question. Et la situation avait maintenant changé : il n'était plus le chouchou populaire à qui les chefs de clan s'en remettaient, Charles l'envoyait désormais leur rappeler durement leurs obligations. Mais la nature du problème était la même, une forme sombre, amorphe, qui pesait sur nous comme une ombre. 

"Mais je vous l'ai déjà dit une bonne douzaine de fois !" s'impatienta Jamie. 

"Je vous ai dit ce que je pensais – une bonne douzaine de fois au moins," répondit abruptement Jamie. Il haussa les épaules avec impatience, comme si la coupe de son manteau avait été trop serrée. 

Oui, m "Oh, aye. Tu me l'as dit. Mais cette fois, je veux la vérité."

Le vieillard se cala confortablement au fond de son siège, les mains croisées sur le ventre.

– Vraiment ? dit Jamie avec un petit rire. Pourquoi vous la dirais-je cette fois plus que les autres ? 

"Vraiment ?" Jamie rit brièvement et se tourna vers son grand-père. Il s'appuya contre la table, les mains croisées derrière lui. Malgré les différences de posture et de silhouette, il y avait une tension entre les deux hommes qui faisait ressortir une fugitive ressemblance. L'un grand et l'autre trapu, mais tous deux forts, têtus et déterminés à sortir victorieux de cette confrontation. 

"Ne suis-je pas ton grand-père parent? Et ton chef ? Ne suis-je pas le garant de ta loyauté ? 

Ainsi, voilà donc où il voulait en venir. Colum MacKenzie, diminué physiquement, avait développé l'art d'exploiter les faiblesses des autres. Simon Fraser, fort et vigoureux en dépit de son grand âge, était habitué à obtenir ce qu'il voulait par des moyens plus directs. Au sourire amer qui se dessinait sur le visage de Jamie, je devinai qu'il comparait les appels du pied de son oncle aux coups de poing de son grand-père.

– Je ne me souviens pas de vous avoir prêté serment d'allégeance, répondit-il.

Plusieurs longs poils drus dépassaient des sourcils de Simon, à la manière des vieillards. Ils frémissaient à la lumière du feu, mais je ne pouvais pas dire si c'était d'indignation ou d'amusement. 

– Un serment ? Pour quoi faire ? N'est-ce pas le sang des Fraser qui coule dans tes veines ?

La bouche de Jamie se tordit dans un sourire ironique lorsqu'il répondit. "On dit qu'un enfant avisé sait reconnaître ses parents. Or, ma mère était une MacKenzie."

Le vieux Simon ouvrit grande la bouche, resta un instant figé sur place, et partit d'un véritable rugissement. Il rit tellement qu'il manqua de s'étouffer. Crachant et toussant, il se redressa et tendit un bras vers Jamie. 

Le visage de Simon se congestionna, et ses sourcils se froncèrent. Puis il ouvrit grand la bouche et éclata de rire. Il continua à rire jusqu'à ce qu'il soit obligé de se hisser sur son siège et de se pencher en avant, bégayant et s'étouffant. Enfin, frappant d'une main l'accoudoir dans une hilarité incontrôlable, il enfonça les doigts de son autre main dans sa bouche et en sortit ses fausses dents. 

"Feigneur", cracha-t-il, haletant et sifflant. Le visage ruisselant de larmes et de salive, il tâtonna à l'aveuglette pour atteindre la petite table disposée près de son fauteuil, et laissa tomber les dents sur l'assiette à gâteaux. Les doigts noueux se refermèrent sur une serviette en lin, qu'il pressa contre son visage, émettant encore des grognements de rire étranglés alors qu'il se débarbouillait. 

– Pa... passe-moi le whisky. 

Il siffla un bon quart de la carafe avant de recouvrer ses esprits. 

"Par le Chrift, mon garfon", dit-il enfin, en chuintant. "Paffe moi le whifky." 

Les sourcils levés, Jamie attrapa la bouteille sur la table derrière lui et la transmis à son grand-père, qui retira le bouchon et engloutit une grande partie du contenu sans se soucier d'utiliser un verre. 

– Alors, comme ça, tu crois que tu n'es pas un Fraser ? dit-il enfin. Ha ! Ton père s'est tenu exactement où tu te tiens en ce moment, mon garçon. Et il m'a parlé comme tu viens de le faire. C'était juste avant qu'il ne quitte Beaufort pour ne jamais y revenir. 

"Tu penfes que tu n'es pas un Frafer?" demanda-t-il, en abaissant la bouteille et en respirant bruyamment. "Ha !" Il se redressa à nouveau, le ventre se soulevant et 

s'abaissant rapidement pendant qu'il reprenait son souffle. Il pointa un doigt long et maigre vers Jamie. 

"Ton propre père f'est tenu là où tu te troufes, mon garfon, et m'a parlé jufte comme tu fiens de le faire, le jour où il a quitté Beaufort Caftle définitivement." Le vieil homme parvenait à se calmer maintenant ; il toussa plusieurs fois et s'essuya à nouveau le visage. 

Il toussota encore en se martelant le torse du poing et demanda : 

– Sais-tu que j'ai essayé de faire annuler le mariage de tes parents en prétendant que l'enfant d'Ellen MacKenzie n'était pas de Brian ? 

– Oui. "Aye, je le sais." Jamie était à nouveau penché sur la table, surveillant son grand-père de ses yeux plissés. 

– Ha ! ha ! rit-il de plus belle. C'est vrai qu'il y a souvent eu des tensions dans notre famille ; mais je connais mes fils... 

Il pointa un doigt accusateur vers Jamie en ajoutant : 

– ... et mes petits-fils ! 

Lord Lovât se mit à renifler. "Je ne penfe pas qu'il n'y ait toujours eu que de la bienveillanfe entre moi et les miens, mais je connais mes fifs. Et mes petits-fifs", ajouta-t-il avec insistance. "Je veux bien être pendu s'il y en a un feul qui ait jamais été cocu !"

Jamie ne tiqua pas mais je ne pus m'empêcher de détourner les yeux. Je me retrouvai à observer ses dents abandonnées, le bois de hêtre teinté luisant d'humidité au milieu des miettes de gâteau. Heureusement, lord Lovât ne remarqua pas ma gêne.

Retrouvant son sérieux, il poursuivit :

– Aux dernières noufelles, Dougal MacKenzie f'est rangé dans le camp de Charles-Édouard. Est-fe lui que tu confidères comme ton chef ? Dois-je comprendre que f'est à lui que tu as prêté ferment ?

Non. Je n'ai prêté serment à personne.

– Pas même à Charles-Édouard ?

Le vieil homme était rapide, bondissant comme un chat sur une souris. Je pouvais presque voir sa queue frétiller en regardant Jamie, les yeux enfoncés et bridés, brillant sous ses paupières ridées. 

Le regard de Jamie était fixé sur les flammes vacillantes, son ombre immobile sur le mur derrière lui. 

– Il ne me l'a pas demandé.

C'était vrai. Charles-Édouard n'avait pas eu à le lui demander puisqu'il s'était lui-même chargé d'apposer le nom de Jamie au bas du traité d'alliance. Je savais à quel point ce détail était important pour Jamie. S'il devait un jour fausser compagnie à Son Altesse, il ne trahirait pas sa parole. Que tout le monde fût persuadé de la réalité de ce serment ne semblait pas l'inquiéter le moins du monde.

Le vieux Simon saisit la balle au bond : 

Simon poussa un nouveau grognement. Sans ses fausses dents, son nez et son menton s'étaient rapprochés, rendant la moitié inférieure de son visage étrangement rétrécie. 

– Dans ce cas, rien ne t'empêche de prêter serment au vrai chef de ton clan. Moi ! 

"Alors rien ne t'empêche de me jurer allégeanfe, en tant que chef de ton clan," dit-il calmement. La queue frétillante était moins flagrante, mais toujours présente. J'entendais presque ses pensées se bousculer, avançant prudemment sur la pointe des pieds. Si Jamie se ralliait à son grand-père, la puissance des Lovât serait accrue, tout comme leurs biens, et il pourrait réclamer une partie des revenus de Lallybroch. La perspective d'un duché semblait se dessiner au loin, brillant à travers le brouillard.

"Rien ne m'en empêche en effet," répliqua Jamie... "si ce n'est ma propre volonté." Les coins de ses yeux se plissèrent davantage. 

"Mmm..." Les yeux de Lovât étaient presque fermés, et il secoua lentement la tête. "Oh, aye, mon garfon, tu es le fifs de ton père. Têtu comme un âne, et deux fois plus ftupide. J'aurais dû favoir que Brian n'engendrerait que des imbéfiles afec fette putain." 

Tu es bien le fils de ton père. Têtu comme une mule, et aussi sot. J'aurais dû me douter que cette traînée de MacKenzie ne donnerait à Brian que des imbéciles. 

Jamie s'avança et saisit les dents en bois sur l'assiette. "Vous feriez mieux de les remettre en place, espèce de vieux fou", dit-il hargneusement. "Je ne comprends pas un traitre mot de ce que vous racontez." Simon Fraser grommela encore quelques mots du même acabit puis se tut, semblant réfléchir. Quelques instants plus tard, il se redressa : 

La bouche de son grand-père s'élargit dans un sourire dénué d'humour qui laissait apparaître le chicot jauni d'une dent cassée sur la mâchoire inférieure. 

– Je te propose un marché, annonça-t-il. 

Il lança un bref regard dans ma direction et reprit : 

– Ton serment d'allégeance contre l'honneur de ta femme. 

Ce fut au tour de Jamie d'éclater de rire. 

"Ah non ?", dit-il. "Veux-tu paffer un marché?" Il me jeta un rapide coup d’oeil, ne voyant rien de plus qu'un autre pion à mettre en jeu. "Ton ferment en échange de l'honneur de ta femme, qu'en dis-tu ?" 

Jamie éclata de rire, tenant toujours les dents dans une main. 

– Quoi ? Si je comprends bien, vous menacez de la violer sous mes yeux ! s'esclaffa-t-il. Mais essayez donc, ne vous gênez pas ! Quand elle en aura fini avec vous, j'appellerai tante Frances pour qu'elle ramasse les miettes. 

"Oh, aye? Vous menacez de la violer sous mes yeux, grand-père ?" Il grimaça avec mépris, la main sur la table. "Allez-y, et quand elle en aura fini avec vous, j'enverrai tante Frances balayer les morceaux." 

Son grand-père le toisa calmement.

"Pas moi, mon garfon."

Un petit sourire cynique se dessina au coin de ses lèvres alors qu'il tournait la tête pour me regarder. 

"Même si j'ai déjà pris mon plaifir avec des filles plus laides qu'elle." La froideur vicieuse de ses yeux sombres me donna envie de tirer mon châle sur ma poitrine en guise de bouclier ; malheureusement, je n'en portais pas. "A ton afis, combien d'hommes y a-t-il à Beaufort, Jamie ? Combien d'entre eux n'héfiteraient pas à culbuter une faffenach ? Tu ne peux quand même pas la furveiller nuit et jour ?"

Jamie se redressa lentement, sa grande ombre suivant ses mouvements sur le mur derrière-lui, et dévisagea son grand-père sans trahir la moindre émotion.

"Je n'ai pas besoin de la surveiller. Oh, je n'ai aucune inquiétude, grand-père. Ma femme n'est pas une créature comme les autres. C'est une sage, une Dame blanche... comme Dame Aliset."

Je n'avais jamais entendu parler de cette Dame Aliset, mais son nom n'était manifestement pas inconnu à lord Lovât. Il tourna brusquement vers moi des yeux ahuris. Il ouvrit la bouche mais, avant qu'il ait eu le temps de parler, Jamie poursuivait, une légère pointe de malice dans la voix :

"Celui qui la touchera contre son gré verra ses parties intimes se recroqueviller comme une poire blette," dit-il avec délectation, "et rôtira en enfer pour l'éternité. Comme ça." Il sourit à pleine dents à son grand-père, et tendit brusquement le bras. Les dents de hêtre atterrirent au milieu des flammes avec un ploc, et se mirent aussitôt à grésiller. 

 

 

- Fin du chapitre -