MENU 

MENU 

Pour rappel, la correction se fera ainsi 

En noir : le texte tel qu'il est dans la version française et validé par la traductrice

En Bleu : le texte tiré de la version originale, absent dans la version française d'origine et enfin traduit.

En blanc et rayé, le texte ajouté dans la version française d'origine ne figurant pas dans la version originale.

Correctif

Tome 3  Chapitre 27

Outlander, tome 03, Voyager, chapitre 27, ©Diana Gabaldon 

Description : Claire est arrivée à Édimbourg et a rejoint Jamie. Peu après son arrivée et les déboires avec Willoughby, Jamie et Claire vont manger dans une taverne. Il manque plein de petits passages dans ce chapitre, j’ai mis des annotations pour retrouver le contexte 

  

Traduit par Lucie Bidouille 

 Corrigé par Anne Montégu-Terrière 

  

  

27. L’incendie 

 

 

 

 

(Ndlt: Passage 1 — Repas à la taverne)

 

La robe avait un décolleté un peu trop plongeant à mon goût et me serrait légèrement à la taille, mais autrement, elle était assez jolie. 

— Comment savais-tu que les robes de Daphné m’iraient ? demandai-je en plongeant la cuillère dans ma soupe.

 — J’ai dit que je n’avais couché avec aucune des filles de Mme Jeanne, répondit prudemment Jamie, je n’ai pas dit que je ne les regardais pas.

 Il me fit un sourire malicieux et j’éclatai de rire. Il tenta un clin d’œil dans ma direction qui le fit ressembler à un gros hibou — un tic congénital le rendait incapable de fermer une seule paupière pour cligner des yeux — et j’éclatai de rire. 

 — D’ailleurs, cette robe te va beaucoup mieux qu’à Daphné, ajouta-t-il.

 Il lança un regard connaisseur vers mon décolleté puis arrêta d’un geste de la main la serveuse qui passait avec une panière de petits pains.

 La grande salle de la taverne Moubray était pleine. L’atmosphère y était nettement plus respirable que celle du Bout du monde et autres débits de boissons du même type. Moins enfumé et moins bruyant, Moubray était un lieu élégant, avec un escalier extérieur qui montait au second étage, où de petits salons accueillaient les marchands et notables d’Édimbourg.

 — Qui es-tu en ce moment ? demandai-je, intriguée. Mme Jeanne t’appelle « Jamie Monsieur Fraser ». Mais ce n’est pas ton nom officiel, n’est-ce pas ?

 Il secoua la tête et trempa un bannock dans son bol de soupe. 

 — Non. Pour le moment, je suis Sawney Malcolm, imprimeur et éditeur.

— Sawney ? C’est un surnom pour Alexander, n’est-ce pas ? J’aurais pensé que « Sandy » était plus approprié, surtout si l’on tient compte de tes cheveux. 

 Non pas que ses cheveux fussent le moins du monde de couleur sable, me dis-je en les regardant. Ils étaient comme les cheveux de Bree — très épais, avec une légère ondulation, et de toutes les nuances de rouge et d’or ; de cuivre et de cannelle, d’auburn et d’ambre, de rouge, de rouan et de brun rougeâtre, toutes mélangées les unes avec les autres. 

 Soudainement, je ressentis une vague d’amour pour Bree, et en même temps, je désirai ardemment libérer les cheveux de Jamie de leur tresse formelle et passer mes mains dessous pour sentir la courbe solide de son crâne et démêler ses douces mèches avec mes doigts. Je me souvins du chatouillement provoqué par sa masse de cheveux répandue sur mes seins dans la lumière du matin. 

 Le souffle court, je me penchai sur mon ragoût d’huîtres pour dissimuler mon trouble. 

 Jamie ne semblait pas l’avoir remarqué ; il ajouta une grande noix de beurre dans son bol, secouant la tête. 

 « Sawney, c’est ce qu’on dit dans les Highlands », dit-il. « Et dans les îles, aussi. Sandy, c’est plutôt ce qu’on entend dans les Lowlands, ou de la part d’une Sassenach ignorante. » Il arqua un sourcil dans ma direction, souriant, et porta à sa bouche une cuillère du riche ragoût parfumé. 

 « Très bien », dis-je. « Et moi, dans ce cas, qui suis-je ? »

 — C’est le diminutif d’Alexander dans les Highlands, m’informa-t-il. 

 Il avait remarqué mon trouble tout compte fait, car je sentis son grand pied frôler le mien, et il m’adressa un sourire par-dessus le bord de sa tasse. 

 — Toi, tu es ma femme, Sassenach. Quel que soit le nom que je porte, tu es et tu seras toujours ma femme.

 Je rougis de plaisir, me sentant subitement aussi émue qu’une jeune mariée. Je rougis de plaisir, et vis les souvenirs de la nuit dernière se refléter sur son visage. Le bout de ses oreilles avait légèrement rosi. 

 « Tu ne penses pas qu’il y a trop de poivre dans ce ragoût ? » demandai-je en avalant une autre cuillerée. « Et, en es-tu sûr, Jamie ? » 

 « Aye », dit-il. « Aye, je suis sûr », corrigea-t-il, « et non, le poivre est bon. J’aime bien un peu de poivre. » Son pied caressa doucement le mien, le bout de sa chaussure frôlant à peine ma cheville. 

 — Mme Malcolm... répétai-je pour m’entraîner à prononcer mon nouveau nom.

 Le simple fait de dire « Madame » me donna un petit frisson absurde, comme si j’avais été une jeune mariée. 

 Je baissai inconsciemment les yeux vers mon alliance en argent. Il surprit mon regard et leva son verre.

 — À Mme Malcolm ! suggéra-t-il. dit-il doucement, et j’eus de nouveau le souffle court. 

 Il reposa son verre et prit ma main ; la sienne était grande, et si chaude que la sensation de chaleur se répandit rapidement dans mes doigts. Je pouvais sentir l’anneau en argent, séparément de ma chair, son métal chauffé son contact. 

 — Pour le meilleur et pour le pire ! renchéris-je. « De t’aimer et de te chérir, » dit-il, souriant. 

 Il me prit la main et la baisa, attirant  « Jusqu’à ce que la mort nous sépare, » répondis-je, sans me soucier le moins du monde du fait que nous attirions les regards curieux des gens attablés autour de nous. Jamie baissa la tête et pressa ses lèvres contre le dos de ma main, une action qui transforma les regards curieux en intérêt manifeste. 

 Un peu plus loin, j’aperçus un homme d’Église qui nous observait en chuchotant à l’oreille de ses voisins, un homme âgé et un autre, plus jeune, dont le visage me parut vaguement familier. Je reconnus soudain Me Wallace, l’avocat de la diligence d’Inverness.

 

[…]

 

 

(Ndlt: Passage 2 — Retour dans la chambre après l’avertissement de Sir Percival à propos d’un rendez-vous de contrebande)

 

— Ton voyage dans le Nord... Il était prévu pour demain ? Il hocha la tête.

 — Nous avons rendez-vous demain soir à Mullin’s Cove, car ce sera une nuit sans lune. Nous attendons un lougre de France avec un chargement de vin et de batiste.

 — À ton avis, pourquoi sir Percival voulait-il te prévenir de ne pas y aller ?

 — Je n’en sais rien. J’ignore ce qui se passe mais je le saurai sans doute bientôt. Il y a peut-être des contrôles douaniers en ce moment, à moins qu’il n’y ait des manœuvres militaires dans le coin, sans rapport avec nous mais qui pourraient nous gêner.

 Il haussa les épaules et acheva d’enfiler ses bas.

 Quand nous fûmes tous deux habillés, attendant qu’on nous monte le vin et les biscuits, je pris sa main entre les miennes et la caressai doucement. Du bout du doigt, je suivis le tracé des profonds sillons et des vallons qui parcouraient sa paume, jusqu’à la petite cicatrice en « C » à la base de son pouce. Le signe qui le marquait à vie comme m’appartenant. 

Il posa alors les mains sur ses genoux, paumes vers le haut, et plia lentement les doigts vers l’intérieur. La gauche forma aussitôt un poing, compact et net, un instrument contondant prêt au combat. Les doigts de sa main droite s’infléchirent plus lentement ; le majeur était tordu, et ne voulait pas se tendre le long du second. Le quatrième doigt ne se pliait pas du tout, et restait droit, forçant le petit doigt à prendre un angle bizarre à côté. 

 Son regard passa de ses mains à moi, et il dit en souriant : 

 « Tu te souviens de la nuit où tu as soigné ma main ? » 

 « Parfois, dans mes moments les plus sombres. » Cette nuit-là n’était pas de celles que l’on pouvait facilement oublier. Contre toute attente, je l’avais sauvé de la prison de Wentworth et d’une condamnation à mort — mais pas assez vite pour empêcher qu’il soit torturé et cruellement maltraité par Black Jack Randall. 

 J’attrapai sa main droite et la déplaçai sur mon propre genou. Il la laissa reposer là, chaude, lourde et inerte, et n’objecta pas lorsque je testai chaque doigt, en tirant doucement pour décrisper les tendons et en les fléchissant pour voir l’amplitude de mouvement des articulations. 

 « C’était ma première chirurgie orthopédique », dit-je avec ironie. 

 « As-tu fait beaucoup de choses comme ça depuis ? » demanda-t-il avec curiosité, baissant les yeux vers moi. 

 « Oui, quelques-unes. Je suis chirurgienne… Mais cela ne veut pas dire ce que cela signifie à ton époque », ajoutai-je hâtivement. « Les chirurgiens de mon temps n’arrachent pas les dents et ne font pas de saignées. C’est plutôt ce qu’on entend 

aujourd’hui par le mot “médecin” — un médecin ayant une formation dans tous les domaines de la médecine, mais avec une spécialité ». 

 « Spéciale, n’est-ce pas ? Eh bien, tu l’as toujours été », dit-il en souriant. Les doigts infirmes glissèrent dans ma paume et son pouce caressa mes articulations. « Qu’est-ce qu’un chirurgien fait de spécial, alors ? » 

 Je fronçai les sourcils, essayant de trouver la bonne formulation. « Eh bien, je dirais qu’un chirurgien essaie de guérir... au moyen d’un couteau. » 

 Il prit un air dubitatif. 

 « Une belle contradiction, ça ; mais ça te correspond bien, Sassenach. » « Ah bon ? » demandai-je, étonnée. 

 Il acquiesça, ne quittant pas mon visage des yeux. Je le voyais m’étudier de près, et j’imaginais sans mal ce à quoi je devais ressembler après nos ébats, le visage rougi et les cheveux en pagaille. 

 « Tu n’as jamais été aussi belle, Sassenach. » Son sourire s’élargit en me voyant tenter de lisser mes cheveux entre mes doigts. « Laisse tes boucles tranquilles… » Il attrapa ma main et l’embrassa doucement. 

 « Aye », continua-t-il en retenant mes mains prisonnières pendant qu’il me regardait, « aye, tu es bien un couteau, maintenant que j’y pense. Avec un fourreau bien ouvragé, et le plus beau de tous, Sassenach » – il traça le bord de mes lèvres avec son doigt, faisant naître un sourire – « mais à l’intérieur, c’est de l’acier trempé... et avec un dangereux tranchant, je pense ». 

 « Dangereux ? » demandai-je, surprise. 

 « Pas sans-cœur, ce n’est pas ce que je voulais dire », me rassura-t-il. Ses yeux restaient fixés sur mon visage, attentifs et curieux. Un sourire effleura ses lèvres. « Non, tu n’es jamais sans-cœur. Mais tu peux être impitoyablement forte, Sassenach, si nécessaire. » 

 J’esquissai un sourire ironique. « C’est vrai », dis-je. 

 « Je l’avais déjà remarqué chez toi, tu sais ? » Sa voix s’était adoucie et sa prise sur ma main se resserra. « Mais maintenant, je pense que cette capacité est bien plus présente en toi que lorsque tu étais plus jeune. Tu en as souvent fait usage, je me trompe ? » 

 Je compris tout à coup pourquoi il voyait si clairement ce que Frank n’avait jamais perçu. 

 « Toi aussi », lui dis-je. « Tu en as eu besoin. Souvent. » Inconsciemment, mes doigts frôlèrent la cicatrice qui traversait son majeur, tordant ses articulations. 

 Il acquiesça. 

 « Je me suis posé la question », ajouta-t-il, si bas que je l’entendais à peine. « Je me suis souvent demandé si je pouvais user de cette lame tranchante, et être capable de la remettre au fourreau. Car j’ai vu beaucoup d’hommes devenir cruels, et leur bel acier se détériorer en un fer sans valeur. Et je me suis souvent demandé si j’étais le maître de mon âme, ou si j’étais devenu l’esclave de ma propre lame. 

 « Je n’arrêtais pas de penser... » poursuivit-il, le regard fixé sur nos mains liées, « que j’avais trop souvent tiré ma lame, et que j’avais passé tellement de temps au service de la guerre que je n’étais sans doute plus apte aux relations humaines. » 

 J’eus envie de faire une remarque, mais me mordis la lèvre. Il me vit et sourit, un peu ironique. 

 « Je ne pensais pas que je pourrais de nouveau rire dans le lit d’une femme, Sassenach », dit-il. « Ou même faire l’amour à une femme, sauf comme une brute, aveuglée par le besoin. » Je relevai une note d’amertume dans sa voix. 

 Je soulevai sa main et embrassai la petite cicatrice au dos de celle-ci. 

« Je ne peux pas te voir comme une brute », répondis-je. J’avais dit ça sur un ton léger, mais son visage s’adoucit en me regardant, et il répondit sérieusement : 

 « Je le sais, Sassenach. Et c’est le fait que tu ne puisses me voir ainsi qui me donne de l’espoir. Car j’en suis bien une — et je le sais pertinemment — et pourtant, peut-être... » Il se redressa en me regardant attentivement. 

 « Tu l’as en toi, cette force. Tu l’as, et ton âme aussi. Alors peut-être que la mienne peut être sauvée. » 

 Je ne sus pas quoi répondre, et restai silencieuse un moment, tenant seulement sa main dans la mienne, caressant les doigts tordus et les larges articulations rigides. C’était la main d’un guerrier — mais il n’était plus un guerrier désormais. 

 Je retournai sa main et la posai sur mon genou, paume vers le haut. Lentement, je traçai les lignes profondes, les reliefs, et la minuscule lettre « C » à la base de son pouce ; la marque qui le désignait comme étant mien. 

 — J’ai rencontré une fois une vieille dame qui m’a dit que les lignes de la main ne prédisent pas ton avenir mais reflètent ce que tu fais de ta vie, lui racontai-je.

 — Ah oui ?

 Ses doigts remuèrent légèrement mais il laissa sa main ouverte dans la mienne.

 — Selon elle, on naît avec des lignes déjà tracées, elles changent selon ce que tu fais et la personne que tu deviens.

 

[…]

 

 

(Ndlt: Passage 3 — Après l’incendie dans l’imprimerie de Jamie, Claire s’occupe de Petit Ian…)

 

Je cherchai son pouls sur le côté du cou. Il était raisonnablement fort, quoique irrégulier, ce qui n’avait rien d’étonnant. J’espérais que la fumée n’avait pas provoqué trop de dégâts aux poumons. Toujours inconscient, il toussait violemment et son corps maigrelet se convulsait sur mes genoux.

 — Il va s’en sortir ? me demanda Ian.

 Il saisit son fils sous les aisselles et le redressa en position semi-assise, lui tapotant les joues.

 — Je crois, répondis-je. Mais il faut attendre encore un peu avant d’en être sûrs.

 Le garçon toussait encore, mais il n’était pas tout à fait conscient ; je le tenais contre mon épaule comme un énorme bébé, lui tapotant le dos en vain pour soulager ses nausées et ses haut-le-cœur. 

 « Est-ce qu’il va bien ? » Cette fois-ci, c’était Jamie, accroupi à mes côtés, à bout de souffle. Sa voix était si rauque que je ne l’avais pas reconnue, rendue râpeuse par la fumée. 

 « Je crois que oui. Et toi ? Tu ressembles à Malcolm X », lui dis-je en le regardant par-dessus l’épaule du jeune Ian. 

 « Vraiment ? » Il passa une main sur son visage, l’air surpris, puis sourit de façon rassurante. « Non, je ne sais pas à quoi je ressemble, mais je ne suis pas encore un ex-Malcolm ; seulement un peu brûlé sur les bords. » 

Le capitaine des pompiers courut vers nous, décrivant de grands gestes des bras.

— Reculez, reculez ! nous enjoignit-il. Le toit va s’effondrer.

 

[…]

 

 

 

(Ndlt: Passage 4 – De retour au bordel, Petit Ian tente d’expliquer ce qu’il s’est passé)

 

Il se tenait devant la console, occupé à remplir des verres de porto bière. Il en tendit un à l’adolescent qui le saisit avec avidité.

 — Hmmm... tu n’as pas tort, médita Ian en contemplant son fils.

 Celui-ci offrait un spectacle si ridicule qu’il avait du mal à réprimer son envie de rire.

 — Soit, dit-il enfin, je t’accorde un répit. Mais tu ne perds rien pour attendre, mon garçon, et ce n’est rien à côté de ce que ta mère te réserve quand elle mettra enfin la main sur toi. Mais pour l’instant, repose-toi.

 Manifestement peu rassuré par la magnanimité de son père, Petit Ian s’enfonça dans son fauteuil et enfouit le nez dans son verre.

 Jamie s’assit sur un coffre en face de son neveu et lui posa la main sur l’épaule. 

 J’attrapai mon propre verre avec beaucoup de plaisir. J’avais réalisé tardivement pourquoi les citoyens d’Édimbourg réagissaient à la pluie avec une telle répugnance ; une fois qu’on était mouillé, il était impossible de se sécher dans les confins humides d’une maison en pierre, sans vêtements de rechange et sans chaleur disponible hormis un petit feu de foyer. 

 Je décollai le corsage humide plaqué sur mes seins, ce qui attira le regard intéressé du jeune Ian et je décidai, à regret, que je ne pouvais décemment pas l’enlever avec le garçon dans la pièce. Jamie semblait l’avoir déjà suffisamment corrompu. A la place, j’engloutis la bière, sentant la riche saveur se répandre chaleureusement dans mes entrailles. 

 — Tu te sens assez fort pour me raconter ce qui s’est passé, mon garçon ? Jamie s’assit en face de son neveu, sur le banc à côté de Ian Père. 

 — Euh... oui, je crois, répondit prudemment Petit Ian. Il s’éclaircit la gorge comme une grosse grenouille et répéta plus fermement : « Aye, je peux ». 

 — Bon, alors explique-moi ce que tu faisais à l’imprimerie et comment le feu s’est déclenché.

 

[…]

 

 

(Ndlt : Passage 4 — Petit Ian a bu un peu trop de bière [et non du porto, erreur de traduction de la VF])

 

— Je ne m’attendais pas à devoir lui faire ça avant deux ou trois ans, observa Jamie.

 Il soutenait la tête de son neveu, l’aidant à vomir dans la bassine que je lui tendais.

 — Qu’est-ce que tu veux ? soupira Ian. Il a toujours été en avance sur son âge. Il a appris à marcher avant de savoir tenir debout et il était toujours en train de tomber dans la cheminée, la bassine d’eau, la mare aux canards...

 Il tapota affectueusement le dos de son fils.

 — Vas-y, mon garçon, l’encouragea-t-il. Soulage-toi.

 Je profitai de cette accalmie pour descendre aux cuisines et chercher de quoi nous restaurer pendant que les hommes s’occupaient du garçon. 

Peu après, Petit Ian fut transporté comme un paquet avachi sur le canapé, pour se remettre des effets de la fumée, de l’émotion et de l’excès de bière sous le regard sévère de son oncle et de son père. 

 « Où est ce foutu thé que j’ai envoyé chercher ? » Jamie s’empara de la cloche avec impatience, mais je l’arrêtai. Les services domestiques de la maison close étaient manifestement encore désorganisés par l’excitation du matin. 

 « Ne t’en fais pas », lui dis-je. « Je vais descendre le chercher. » Je ramassai le crachoir et le portai à bout de bras, en entendant Ian dire derrière moi, d’un ton raisonnable, « Écoute, idiot... » 

 Je trouvai le chemin de la cuisine sans difficulté et obtins les approvisionnements nécessaires. Je hâtai le pas, espérant que Jamie laisserait le malheureux souffler un peu avant de reprendre son interrogatoire, mais également de peur de rater une partie de son récit.

 

[…]