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Les animaux
de la saga

- C’est un chien, ça ? avais-je demandé à l’un des garçons de salle la première fois que j’avais vu passer Bouton sur les talons de sa maîtresse. 

Il attendit patiemment que la petite queue en tire-bouchon ait disparu dans la salle suivante avant de répondre d’un air dubitatif : 

- Il paraît. Enfin, c’est ce que prétend mère Hildegarde... Personne n’oserait la contredire. 

Au fil des jours, j’entendis diverses opinions sur Bouton de la part des sœurs, des garçons de salle et des médecins de passage. Personne ne savait où mère Hildegarde l’avait trouvé et encore moins pourquoi elle l’avait gardé. Il faisait partie du personnel de l’hôpital depuis des années et, aux yeux tout-puissants de sa maîtresse, jouissait d’un statut nettement supérieur à celui des sœurs, à égalité avec les médecins et les apothicaires bénévoles. 

Parmi ces derniers, certains lui vouaient une franche aversion, d’autres le considéraient avec une méfiance amusée. Quand mère Hildegarde avait le dos tourné, un des chirurgiens l’appelait « le sale rat », un autre « le lièvre puant ». Un petit fabricant de bandages l’appelait presque ouvertement « M. de la Serpillière ». Pour les sœurs, il était une sorte de mascotte et de totem ; quant au jeune prêtre de la cathédrale voisine, qui s’était fait mordre les mollets à plusieurs reprises en venant administrer les derniers sacrements, il me confia qu’il le tenait pour l’un des démons inférieurs, déguisé en chien pour servir de noirs desseins. 

 

 

Bouton
Rollo

— Ces bêtes sont féroces ! insistai-je. Elles peuvent t’ouvrir la gorge en un clin d’œil. 

Peu impressionné, Jamie s’accroupit pour examiner l’animal. 

— Ce n’est pas vraiment un loup, n’est-ce pas ? demanda-t-il d’un air intrigué. 

Il avança une main molle vers la bête, l’invitant à lui flairer les doigts. Je fermai les yeux, m’attendant au pire. N’entendant aucun cri, je les rouvris. Jamie était en train d’inspecter la truffe du loup. 

— Belle bête ! conclut-il en lui grattant familièrement le crâne. 

Le monstre plissa ses yeux jaunes. Était-ce de plaisir ou, ce qui était plus probable, de délectation anticipée à l’idée d’arracher le nez de Jamie ? 

— Elle est plus grosse qu’un loup, ajouta-t-il. Son poitrail et sa tête sont plus larges et elle est nettement plus haute sur pattes. 

— Sa mère était un chien-loup irlandais, expliqua Ian avec attendrissement. 

Il s’était agenouillé près de son oncle, lui parlant avec enthousiasme tout en grattant la tête grise. 

— … Elle s’est enfuie dans les bois alors qu’elle était en chaleur et elle est rentrée grosse. 

— Ah, je vois… 

Jamie marmonnait des mots tendres en gaélique en caressant la grosse patte velue. Chacune de ses griffes incurvées mesurait au moins cinq centimètres de long. La créature tendit le museau, les yeux mi-clos, hérissant l’épaisse fourrure de son cou. 

À mon côté, Duncan haussa les sourcils d’un air consterné et poussa un soupir agacé. Duncan n’était pas un ami des bêtes. 

— Jamie… commençai-je. 

Il ne m’entendit pas, trop occupé à gâtifier avec la bête. 

— Balach Boidheach. Ça, c’est un bon gros toutou ! 

— Peut-on savoir de quoi cette chose va se nourrir ? demandai-je en forçant la voix. 

Cet argument fit mouche. 

— Ah ! dit-il. 

Il regarda le chien aux yeux jaunes avec regret et se releva lentement. 

— Ta tante a raison, Ian, déclara-t-il. Nous n’avons pas de quoi le nourrir. 

— Ce n’est pas un problème ! répliqua Ian. Il a l’habitude de se nourrir tout seul. 

— Ici, en pleine ville ? m’exclamai-je. Il mange quoi, des petits enfants ? 

Ian me lança un regard vexé. 

— Bien sûr que non, ma tante. Des poissons. 

 

  

Clarence

(Tome 4 : Les tambours de l'automne - extrait) 

  

Au petit matin, Ian dormait profondément. J’en profitai pour prendre un peu de repos, roulée en boule sur le plancher, jusqu’à ce que les braiments sonores de la mule Clarence me réveillent en sursaut. 

Animal grégaire par excellence, Clarence accueillait avec effusion tout ce qu’elle considérait comme une créature amie, cette catégorie recouvrant à peu près tout ce qui avançait à quatre pattes. Elle manifestait alors sa joie avec une voix stridente qui résonnait dans toute la vallée. Rollo, furieux de se voir supplanté dans son rôle de chien de garde, sauta au pied du lit de Ian, m’enjamba d’un bond et plongea par la fenêtre ouverte comme un loup-garou.  

  

  

  

Adso

(Tome 5 : La croix de feu - extrait) 

 

Il hésita encore, rechignant à briser le charme de ce lieu magique. Soudain, du coin de l’œil, il perçut un mouvement infime sur sa gauche. Il se pencha, plissant les yeux pour scruter sous les branches sombres d’un buisson de houx. Immobile, Jamie se fondait parfaitement dans son environnement terreux. Sans son regard aiguisé de chasseur, il n’aurait jamais vu l’animal. C’était un minuscule chaton, sa fourrure grise hérissée comme une fleur d’asclépiade, ses yeux énormes grands ouverts, fixes, presque incolore dans la pénombre. 

Jamie avança lentement un doigt vers lui. 

– A Chait. Que fabriques-tu tout seul ici ? 

Chat errant, il était sans doute né d’une mère redevenue sauvage après s’être enfuie d’une cabane de colons. Il effleura la fourrure douce de son poitrail et sentit si petites dents s’enfoncer brusquement dans la chair de son majeur. 

– Aïe ! 

La truie blanche

(Tome 5 : La croix de feu - extrait) 

 

La truie a mis bas dans le garde-manger. Elle a eu au moins douze petits, tous en bonne santé et dotés d’un solide appétit. Quant à nous, nous sommes contraints de nous serrer la ceinture car elle attaque férocement quiconque approche de son refuge ; elle rugit et donne des coups de dents. J’ai dû me contenter d’un œuf pour le dîner et on m’a informé que je n’aurais plus rien tant que je n’aurais pas réglé la situation. 

A suivre...  

(Tome 1 : Le chardon et le tartan - extrait) 

 

Dougal, non sans avoir ronchonné devant la dépense, m'avait procuré une nouvelle monture. C'était un gros cheval qui, à défaut d'élégance, avait un regard doux. Je le baptisai aussitôt Chardon. 

... 

Donas signifiait « démon » en gaélique et le cheval en question méritait bien son nom. Il avait un box tout au fond de l'écurie, légèrement à l'écart des autres. C'était un immense étalon alezan au tempérament indomptable. Personne ne l'avait jamais monté et seuls le vieil Alec et Jamie osaient l'approcher... 

... Donas n'était pas grégaire et le montrait bien. Il mordit la première main qui tenta de saisir ses rênes. Puis il rua en balayant l'air à grands coups de sabot, envoyant rouler à terre quelques intrépides qui prirent aussitôt la fuite. 

Donas et Chardon

(Tome 2 : Le Talisman - extrait) 

  

Elle (mère Hildegarde) devait bien parcourir des kilomètres pendant la journée ; pourtant, elle ne semblait jamais pressée et arpentait d’un pas régulier les salles communes avec des foulées qui faisaient un bon mètre, son petit chien blanc Bouton sur les talons. 

Ce dernier n’avait rien des bichons frisés et autres loulous de Poméranie tant prisés par ces dames de la Cour. On aurait dit un croisement entre un caniche et un teckel. Il avait un poil dru et court tout autour de sa panse rebondie et le long de ses courtes pattes arquées comme un fauteuil Louis XV. Ses orteils écartés et mouchetés de noir cliquetaient sur les dalles grises, tandis qu’il trottait derrière mère Hildegarde, son museau pointu contre l’ourlet de la large jupe noire. 

En dépit du caractère quelque peu excessif de cette opinion, le prêtre n’avait peut-être pas tout à fait tort. En effet, après avoir observé le couple étrange pendant quelques semaines, j’en arrivai à la conclusion que Bouton n’était autre que le mauvais ange de mère Hildegarde. 

Elle lui parlait souvent, non pas comme on s’adresse à un chien, mais comme on consulte un confrère sur un sujet grave. Lorsqu’elle s’arrêtait au chevet d’un patient, il n’était pas rare que Bouton saute sur le lit et renifle le malade terrorisé. Ayant fini son inspection, il s’asseyait, généralement sur les jambes de l’intéressé, levait la tête vers sa maîtresse et agitait sa queue retroussée en forme de point d’interrogation, semblant attendre son diagnostic. Ce qu’elle ne manquait jamais de lui donner. 

  

  

(Tome 4 : Les tambours de l'automne - extrait) 

  

Ian ne l’écoutait plus. Il était arrivé devant un poteau à demi effondré au pied duquel était attachée une corde. Il se tourna vers nous et nous montra du doigt la « chose » attachée au bout. 

— Vous voyez ? C’est un chien, annonça-t-il. 

Je fis un pas derrière Jamie, m’agrippant à son bras. 

— Attention, Ian ! m’écriai-je. Ce n’est pas un chien, c’est un loup ! Un grand loup. Tu ferais mieux de reculer avant qu’il ne t’arrache une moitié de fesse. 

Le loup dressa une oreille nonchalante dans ma direction, me lança un regard dédaigneux, puis se détourna comme si je n’existais pas. Il était assis sur son arrière-train, pantelant. Ses grands yeux jaunes fixaient Ian avec une intensité qui pouvait passer pour de la dévotion aux yeux de quiconque n’ayant jamais vu un loup de sa vie. Ce qui n’était pas mon cas. 

Voyant trois visages sceptiques tournés vers lui, il se laissa tomber à genoux et, prenant la gueule du chien dans ses deux mains, il l’ouvrit en grand. 

— C’est vrai, oncle Jamie ! Je te le jure ! Sens un peu son haleine ! 

Jamie lança un regard dubitatif vers la double rangée de crocs étincelants et se gratta le menton. 

— Je… euh… je te crois sur parole, mon garçon. S’il te plaît, fais attention à tes doigts. 

Ian lâcha la gueule de l’animal, qui se referma dans un claquement sec, projetant un peu de salive sur le quai. Il essuya ses mains sur ses culottes, l’air ravi. 

— Ne t’inquiète pas, oncle Jamie, lança-t-il joyeusement. J’étais sûr qu’il ne me mordrait pas. Au fait, il s’appelle Rollo. 

  

  

  

Il retira précipitamment sa main et examina la goutte de sang qui perlait sur son doigt. Il lança un regard noir au chaton, mais celui-ci se contenta de l’observer sans chercher à s’enfuir. Jamie réfléchit un instant, puis prit sa décision. Il fit tomber la goutte sur une feuille, une offrande aux esprits des lieux qui, apparemment, avaient eux aussi, décidé de lui faire un présent. 

À quatre pattes dans l’herbe, il tendit de nouveau sa main, la paume vers le haut. Très lentement, il remua un doigt, puis un autre, puis un autre encore, comme un ondoiement d’algues sous l’eau. Les grands yeux pâles fixaient le mouvement, hypnotisés. Jamie sourit en voyant la queue miniature se tordre de tous les côtés. S’il pouvait attraper une truite à mains nues, ce n’était pas un chaton qui pouvait lui résister ! 

Entre ses dents, il émit une sorte de sifflement, comme un gazouillis lointain. Le chaton le regarda, fasciné, tandis que les doigts ondoyant doucement se rapprochaient imperceptiblement. 

 

  

Lorsqu’ils effleurèrent sa fourrure, il ne broncha pas. Un index glissa lentement sous son ventre, un pouce sous les coussinets froids d’une patte. Il se laissa pendre délicatement dans une main et soulever de terre. 

Jamie le tint contre sa poitrine, caressant d’un doigt sa mâchoire soyeuse, ses oreilles translucides. Le chaton ferma les yeux et se mit à ronronner d’extase, vrombissant dans sa paume comme un grondement de tonnerre lointain. 

– Alors, tu es d’accord pour venir avec moi ou pas ? 

L’animal n’émettant pas d’objections, il ouvrit le col de sa chemise et le plaça contre sa peau. Le chaton piétina ses côtes puis s’enroula contre son ventre chaud son ronronnement inaudible se réduisant à une agréable vibration. 

  

Valérie Gay-Corajoud