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Tempérance

Ce nouvel épisode s’ouvre sur le drame familial qui entoure la naissance particulière d’Henri-Christian.

Soupçonné par les habitants du Ridge d’être engendré par le démon, il est l’objet d’une expérience menée par les enfants qui le jettent à la rivière dans son panier afin de constater s’il flotte ou non, car on leur a dit que l’eau est censée rejeter sa malice.

 Le bébé est sauvé in extremis par Roger qui le baptise devant les coupables.

— Vous avez entendu ? Il s’appelle Christian, il appartient au Seigneur, si vous l’importunez à nouveau, Satan apparaîtra parmi vous et vous entraînera directement en enfer ! 

Parmi eux, Germain finit par admettre qu’il ne croit pas que son petit frère soit diabolique, mais qu’il a accepté cette expérience afin que ses camarades cessent de dire du mal de lui et le laissent tranquille.

 

Désespéré, Fergus confie à Claire qu’il a connu des nains, lorsqu’il vivait dans le bordel parisien, qui constituaient un « mets de choix » pour les consommateurs de « produits exotiques ». Il était ami avec l’un d’eux qu’il a retrouvé dans une ruelle, la gorge tranchée.

Claire tente de le rassurer en lui promettant que Henri-Christian serait choyé au Ridge et que jamais ils ne laisseraient personne lui faire du mal.

— Vous n’êtes pas éternels, lui rétorque Fergus. Cependant, mon fils restera nain pour toujours, et c’est ma faute. 

 À son désespoir de n’avoir pas su sauver Marsali de la brutalité de Lionel Brown, s’ajoute la certitude que l’enfant a été victime des coups que Marsali a reçus dans le ventre. Aucune des paroles scientifiques de Claire ne parvient à le rassurer.

 

Rompant sa promesse faite à sa femme de ne plus boire, il replonge plus que jamais dans l’alcool, ruminant en solitaire son accablement de n’être pas apte à protéger les siens.

— Moi aussi je peux nous défendre, lui dit Marsali, à court d’arguments. Tu n’es pas le seul ! 

Et pour finir de le convaincre, elle lui avoue avoir tué Lionel Brown avec une seringue emplie de cigüe.

— Je pensais que cela me rongerait, mais il n’en est rien. Un homme mauvais est mort, et notre famille est en sécurité. 

Hélas, cela renforce le désespoir de Fergus qui voit dans cet aveu une preuve supplémentaire de son inutilité. Il demande à boire, alors Marsali lui renverse la chope de bière sur la tête.

— Je veux un homme pleinement là, lui dit-elle avant qu’il ne sorte, sinon autant être seule. 

De son côté, Jamie s’adresse aux enfants qu’il a convoqués chez lui. Plutôt que de les sermonner, il leur laisse le choix : poser la main sur un tisonnier chauffé à blanc ou sur Henri-Christian. Ils touchent le bébé et réalisent qu’il n’est pas diabolique.  

— Est-il vrai qu’il appartient au Seigneur ? demandent-ils à Jamie ? 

 Ce qui est certain, c’est qu’il m’appartient également. Vous feriez bien de vous en souvenir.  

À l’inverse de Claire qui tente de rationaliser l’état de son petit-fils en faisant appel à des arguments scientifiques, Jamie décide d’intervenir en tant que chef de clan. Il est persuadé que les enfants peuvent apprendre à aimer Henri-Christian parce que lui, Jamie, en qui ils ont confiance, leur dit que c’est possible. Ce faisant, il leur permet de choisir leur posture, de s’émanciper des peurs non fondées dans lesquelles ils sont élevés.  

Puis, prenant Germain à part, il l’engage personnellement à protéger son petit frère.  

 

— Il t’appartient également.  

Saison 6, épisode 3

Valérie Gay-Corajoud 

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Par Valérie Gay-Corajoud

Toujours bouleversée, Claire rentre chez elle et trouve Tom Christie devant sa porte.

À demi-mot, elle l’accuse d’avoir, comme les autres, colporté les croyances à propos des enfants nains.

— Je n’ai rien fait de tel, lui répond-il, touché à vif. Je suis un homme instruit, moi. 

Et il en effet important de se le rappeler, d’autant que cette connaissance est souvent étouffée par sa misogynie et son intégrisme religieux. 

— Je vais en parler aux garçons, propose-t-il à Claire, peut-être dans le but de la convaincre de sa bonne foi.

 Ça ira, lui répond-elle. Mon époux va s’en occuper.

C’est une façon de lui faire comprendre qu’il n’est pas le maître de Fraser’s ridge et qu’il n’est ici nullement question de religion, mais de connaissances et de droits. De plus, elle n’est pas encore disposée à lui faire confiance.

 

En vérité, Tom Christie était venu afin de se faire opérer. Pour autant, il refuse que Claire utilise l’éther, et ce, malgré les avertissements de Jamie quant à la douleur qu’il va subir.

— Inutile d’infliger ces souffrances s’il existe un moyen d’y échapper, conclut ce dernier.

— Sauf que moi, j’ai pris ma décision, répond Christie avec entêtement.

Il est difficile de savoir ce qui prédomine dans cette décision. Le besoin de prouver sa valeur ? Un interdit religieux auquel il croit fermement ? La peur d’être endormi, encore plus terrifiante que celle de souffrir ?

Quoi qu’il en soit, dès le premier coup de bistouri il hurle de douleur.

Jamie se tient derrière lui et lit le psaume 118 que Tom avait choisi auparavant et qui est de circonstance.

« La main droite de l’Éternel est levée. La main droite de l’Éternel manifeste sa puissance. Je ne mourrai pas, je vivrai. J’ai rencontré les œuvres de l’Éternel. L’Éternel m’a châtié, mais il ne m’a pas livré à la mort »…

Finalement Christie joint sa parole à celle de Jamie et parvient à supporter les terribles souffrances que Claire, impassible, lui inflige.

Nous le savions déjà, mais voici une preuve supplémentaire de l’importance de la foi pour cet homme qui s’est construit par les écritures. Il est alors plus facile de comprendre pourquoi il résiste si fortement à tout ce qui ne correspond pas à sa croyance, car tout son monde s’effondrerait et il ne serait plus en mesure d’affronter sa peur.

 

Alors que Claire recoud la main une fois l’opération terminée, Tom et Jamie récitent ensemble le psaume 23 :

« Quand je marche dans la vallée de l’ombre de la mort, je ne crains aucun mal, car tu es avec moi »

 Leurs visages côte à côte, leurs voix à l’unisson, on réalise alors que Christie n’est peut-être pas si fragile que ça et qu’il pourrait être, comme l’avait déjà suggéré Jamie, un allié de valeur. Sa foi le consolide autant qu’elle l’enferme.

Il contemple sa main qui peut dorénavant s’ouvrir en entier, puis lève les yeux vers Claire. On peut voir dans son regard qu’il accepte de lui faire confiance, ne serait-ce qu’un moment. Il est de toute façon trop épuisé pour s’opposer à elle et à ce qu’il ressent.

Il passera la nuit au Ridge afin de rester sous surveillance médicale. 

Dans la soirée, Claire, toujours aux prises avec ses démons, se rend dans son infirmerie, peut-être avec l’idée de s’abandonner aux vertus anesthésiantes de l’éther. Mais elle ne peut pas, car Christie est là. Elle en profite pour observer l’état de sa main et l’encourage à la bouger régulièrement.

Christie lui demande pourquoi elle ne porte ni bonnet ni foulard afin de ne pas offenser le Seigneur.

— Toute femme qui prie ou prophétise la tête nue déshonore sa tête… 

 Vous citez encore Saint-Paul, lui répond-elle. Vous n’avez jamais remarqué qu’il était obnubilé par les femmes ? 

Et c’est ce qu’on peut se dire à propos de Christie : à force de chercher à se défendre d’elles, cela revient à dire qu’il en est obsédé.

Elle lui propose d’aller lui faire à manger et en profite pour s’isoler et reprendre ses esprits.

Elle ne pourra pas s’adonner à l’éther à cause de cet homme qui, à bien y regarder, la considère de la même manière que Lionel Brown, celui qui est à l’origine de cette addiction. Ces hommes qui craignent tant les femmes qu’ils n’ont de cesse de les rabaisser et de restreindre leur liberté. Ces hommes qui se font choyer par elles, mais qui leur dénient le droit d’être plus savantes qu’eux.

Claire a soigné Brown qui pourtant l’a battue et violée et continue de l’envahir après sa mort. Qu’en sera-t-il de Christie, si profondément convaincu que les écritures sont source de l’unique vérité et que la femme porte en elle tous les vices ?

 

De retour dans sa chambre, Claire s’en ouvre à Jamie, lui relatant à quel point Christie semblait mal à l’aise d’être touché par elle. .

Jamie lui avoue qu’il en a été de même pour lui après Ardsmuir. Il raconte le manque de la femme durant leur captivité et le fait que certains d’entre eux, par dépit, cherchaient de la chaleur dans les bras d’autres hommes.

— Et Tom ?

— Non, Tom se tournait vers l’intérieur. Moi j’ai eu de la chance, tu m’as aidé à m’extraire des ténèbres.

On peut alors se questionner sur ce qu’a réellement vécu Tom durant sa détention et de quel intérieur il s’agit. Si l’on peut imaginer la douleur de Jamie, nous devons concevoir celle de Tom tout autant.

Pendant que Tom se fait opérer, Malva se balade dans la forêt aux côtés de Ian qui semble être sous le charme de la jeune fille. Elle lui confie que son père se fait du souci pour son âme ce à quoi Ian répond qu’elle ne paraît pas être pècheresse.  

— Il ne faut pas se fier aux apparences (et Dieu sait que nous allons nous en apercevoir par la suite !) 

Bien sûr, cela résonne en Ian qui, sous ses accoutrements d’Indien, se questionne à propos de ce que sa mère pourrait penser de lui.  

 

C’est à ce moment qu’on apprend que la mère de Malva a été pendue pour sorcellerie alors qu’elle n’était qu’une enfant. Cela nous éclaire sur les paroles de son père au moment de la fouetter, mais aussi sur la méfiance de Tom à propos de Claire. Pour rappel, les soigneuses et les sage-femmes étaient en ce temps-là assimilées aux sorcières et des milliers d’entre elles ont été exécutées.  

Une semaine après l’opération de sa main, Christie rend de nouveau visite à Claire afin qu’elle change ses bandages. Il aperçoit deux livres posés sur sa table.

 Lisez-vous des romans ? lui demande Claire.

— Oui. Ma femme en lisait, continue-t-il, mais je ne l’approuvais pas, alors je les ai tous jetés. 

— J’imagine que cela ne lui a pas fait plaisir. 

— Effectivement. 

 

Durant cet échange, il est remarquable de constater à quel point l’un et l’autre sont détendus alors qu'ils évoquent un sujet sensible. Il est possible qu’un lien particulier se soit noué entre eux, de médecin à patient. Claire est occupée à le soigner et ne montre aucune agressivité, alors Tom peut baisser la garde et s’ouvrir à elle.

— Qu’est-ce qui vous a fait changer d’avis, demande Claire ? 

— Ardsmuir. 

Il explique que Jamie racontait des histoires aux autres prisonniers. Cela lui a fait prendre conscience que la fiction pouvait être autre chose qu’une simple incitation à l’oisiveté et aux pensées malsaines et qu’elle pouvait non seulement servir de distraction en un lieu qui en était dépourvu, mais également aider les détenus à une forme de compassion envers les personnages imaginaires dont Jamie relatait les aventures.

 

Claire lui prête un roman de Tom Jones, mais cela n’a pas l’effet escompté et plutôt que de lui élargir l’esprit, cela l’offusque au plus haut point. Il fait renvoyer le livre au Ridge avec un mot à l’intérieur : « Une saleté. Je vous estimais davantage ». 

Sans que soit indiqué l’articulation des évènements, nous le voyons après cela fouetter sa fille. Sa main guérie par Claire peut désormais tenir le ceinturon et châtier la femme soumise, sous les yeux d’Allan désespéré.

Plus que jamais, nous avons conscience que quelque chose est à l’œuvre dans cette famille. 

Lors de la journée des métayers durant laquelle toute la communauté de Fraser’s ridge se réunit, une altercation a lieu entre les MacGregor et Fergus, très alcoolisé comme à son habitude.

Les MacGregor jugent Fergus et son addiction et traitent Henri-Christian de grotesque et d’enfant du diable. Fergus jette du whisky au visage de la femme et frappe son mari.

Les hommes alentour interviennent et Lizzie explique à Claire ce qui s’est passé.

Le dimanche suivant, Roger prêche devant l’assemblée et raconte l’histoire d’un enfant sans défense qui a été mis à flotter sur une rivière, dans un panier.

Les enfants assis au premier rang sont persuadés qu’il va dénoncer leur bêtise, mais il s’avère qu’il s’agit de l’histoire de Moïse.

 

« Pharaon avait ordonné que tous les petits garçons hébreux soient noyés dans le Nil. Son édit a bien failli tuer l’enfant qui plus tard, allait conduire le peuple élu vers la liberté. C’est la peur qui le motivait. Pendant des mois, la mère de Moïse le dissimula, au péril de sa vie, jusqu’à ce qu’il devint trop grand pour être caché. Elle le plaça dans un panier, sur le Nil, et elle pria. Elle le confia à Dieu, malgré sa peur ».   

— Vous êtes nombreux ici à être parents, continue-t-il. Jusqu’où iriez-vous pour protéger vos enfants innocents ? Vous ignorez ce que vous seriez prêts à faire, jusqu’au jour où… 

Mais s’en est trop pour Fergus qui ne sait plus trouver en lui la force de s’extraire de ses tourments. Il s’enfonce dans la forêt et s’ouvre les veines à l’aide de son couteau.

Heureusement, Jamie l’aperçoit et se porte à son secours.

— Laissez-moi mourir Milord, c’est la seule solution. 

— Marsali et les enfants ont besoin de toi ! 

— C’est pour eux que je fais cela. 

Convaincu d’être un bon à rien, Fergus s’est persuadé qu’à sa mort, Marsali pourrait se remarier avec un homme capable de prendre soin d’elle et des enfants, notamment de Henri-Christian. Mais Jamie lui parle de sa valeur personnelle, de celui qu’il est et qui a tant apporté à sa famille.

— C’est ce que tu es qui compte et non ce que tu produis ! C’est de toi qu’on a besoin. 

— Je ne suis plus l’homme que j’étais. Je ne sais pas si je peux le redevenir. 

— Tu y parviendras mon enfant, mon fils. 

 

Claire et Jamie le ramènent chez lui où il retrouve sa femme et son bébé et on se prend à espérer un peu de sérénité au Ridge où l’amour semble être de taille à vaincre  tous les tourments.

Mais de retour à la grande maison, les Fraser croisent McDonald qui leur apporte les fusils destinés aux Cherokees ainsi qu’une coupure de journal évoquant la « Boston Tea Party » qui, comme Claire le sait, sera l’évènement déclencheur de la révolution à venir.

 

— Elle commence, la tempête. Elle est presque là.