MENU 

MENU 

Juste avant Culloden

 

Toute cette énergie, cette volonté, tout ce temps consacré à la sauvegarde des clans. Tout cet espoir d'être en mesure de mettre un terme au massacre de Culloden. 

Tous ces sacrifices consentis. En vain ! 

  

Lorsque, trois jours avant la sombre bataille, Claire, Jamie et Murtagh s’en reviennent à Inverness sur ordre d’un prince Charles Stuart, mégalomane et complètement dépassé par la situation, ils sont épuisés au-delà des mots. 

Les soldats écossais sont affaiblis, affamés, découragés, et on peine à imaginer où ils puisent leur force afin d'obéir aux injonctions contradictoires, eux qui ont laissé leurs terres et leurs familles afin de combattre auprès d'un prince qui, finalement, les méprise. Pourtant, leur douleur n’est rien comparée à celle de notre trio, qui porte le poids inexorable de la connaissance. 

  

Ils pourraient partir dorénavant ! S’échapper de ce bourbier, de cette douleur ! Ils pourraient prévenir les amis tout autour, et filer au cœur des Highlands, et pourquoi pas, quitter le pays ! Ils pourraient sauver leur vie, eux qui ont tant accompli, qui n’ont jamais démérité ! Qui pourrait leur reprocher ? 

Il pourrait enfin prendre du temps pour lui, ce couple admirable dont l’amour ne s’est jamais affaibli, même au plus sombre de la tourmente. 

Pourtant ils restent, sans même se poser la question, comme si, et cela depuis le début, cette destinée était la leur, s’échouer ici, dans la froidure d’une lande bientôt couleur de sang. 

 

Jamie est Laird plus que jamais, ordonnant, proposant, guidant, consolant. Il porte la charge suprême : tenter de persuader le prince Charles si mal conseillé par Murray et Sullivan. Il devient Cassandre à son tour, dépositaire d’un savoir essentiel, mais dans l’impossibilité de le démontrer. 

Comment ne pas avoir envie de hurler quand Charles lui dit qu’il est son Thomas, l’enjoignant à croire en lui sans preuve ! Alors que c’est tout l’inverse en vérité. Mais Charles est tellement imbu de sa personne, si complètement convaincu qu’il est le dessein de Dieu. Depuis le début il ne cesse de dire que Jamie est son plus fidèle conseiller, mais l’a-t-il écouté  ne serait-ce qu'une seule fois ? 

  

Si Jamie est Laird, Claire quant à elle, reste médecin. À peine descendue de cheval, elle repart à Inverness en quête de fournitures en prévision des batailles à venir. On est loin du temps où elle débarquait dans ce petit village tranquille aux côtés d’un époux retrouvé après la guerre de 39-40 ! Tant de choses se sont déroulées depuis, qu’on ne prend pas la peine de s’émouvoir de ce retour à la case départ.

 

D’ailleurs, à peine arrivée, elle croise Mary et Alex Randall, tous deux en bien mauvaise posture. On pourrait penser qu’il est vain de perdre des heures précieuses à accompagner un homme vers la mort – car il n’est même pas question de le sauver – alors que tant de vies sont en jeu à quelques jours de là ! On pourrait croire que Claire a d’autres priorités qui supplantent ce temps passé aux côtés de ces deux jeunes inconscients. Pourtant c’est ce retour à l’essentiel qui permet à Claire de reprendre pied.

Sauver l’Écosse, sauver les clans, sauver Culloden, c’est au-delà de ses forces, au-delà de ce qu’elle est en mesure de faire, la preuve ! Elle y a consacré deux années, sans succès. En revanche, apaiser les derniers instants d’un homme malade et garantir un avenir à Mary, c’est en son pouvoir. Quel soulagement cela doit être de reprendre le contrôle du temps à venir ! Car en sauvant Mary, c’est la naissance de Frank qu’elle assure tout autant.

 

Elle se confronte également au capitaine Randall. Il n’y a pas que Jamie qui a des comptes à rendre à Black Jack ! Il n’y a pas que Jamie qui a souffert à cause de lui. Claire doit éprouver sa colère envers ce traumatisme passé, c'est capital. 

Et peut-être qu’il est important que nous l’affrontions nous aussi, les lecteurs, les spectateurs. Il est crucial que nous poussions nous confronter à la folie, à la démesure, et peut-être à ce qu’il reste d’humanité en celui que nous trouvons haïssable depuis le début. Il est important qu’on nous le montre capable d’aimer son frère, de supplier Claire, puis de marchander avec elle, d’épouser et protéger Mary. Capable surtout de reconnaître sa noirceur. Oui, il est essentiel qu’on nous oblige à le considérer comme un homme, aussi cruel soit-il et pas seulement comme un monstre sans émotions. 

Désormais, les deux frères McKenzie sont morts, Colum empoisonné par Claire — à sa demande certes, mais tout de même ! —, Dougal poignardé par Jamie et Claire — pour la bonne cause, mais tout de même ! —  Le prince Stuart va faire périr des milliers d’hommes sur la lande de Culloden avant de s’enfuir comme un lâche pour se calfeutrer sur l’Ile de Skye. Mary est sauvée et la naissance de Frank assurée. Lallybroch est également sauvegardée, et Fergus est hors de danger.

Que reste-t-il à faire ? Que reste-t-il à vivre ?

 

Pour Jamie, la décision est prise depuis un moment déjà. Si la bataille de Culloden doit avoir lieu, il y participera, son honneur est en jeu, son destin est écrit depuis le début. Mais avant cela, il doit sauver les hommes de son clan et mettre Claire à l’abri, d’autant qu’il le sait, elle attend un enfant.

“Tu as remarqué ça ? Au milieu de cette maudite guerre, tu as remarqué ça” ? s’étonne Claire alors qu’il constate qu’elle n’a pas eu ses cycles depuis deux mois.

“Cet enfant, c’est tout ce qu’il restera de moi”. Lui répond-il. Et c’est à ça qu’il va s’accrocher désormais.

Comme Claire l’avait fait à Inverness avec Mary, Jamie va restreindre sa détermination à l’essentiel. Il a fait tout ce qu’il a pu pour l’Écosse, pour les clans, pour ses hommes sans que rien de ses nombreux sacrifices ne parvienne à changer l’avenir. Mais ses dernières forces, et tout l’espoir qui lui reste, il va les placer dans la sauvegarde de son amour.  

Il conduit Claire aux menhirs dressés de Craigh na Dun afin d’ouvrir la porte du temps sur la femme qu’il aime et sur leur enfant à venir. Il se tiendra de l’autre côté afin de la maintenir fermée, les protégeant de toutes les manières possibles et ce, pour l’éternité.  

Il va s’accorder au destin et s’en aller combattre sur la lande afin que la courbe du temps soit respectée.

Il ne souffrira pas longtemps à vrai dire ! Quelques heures au plus puisqu’il a prévu d’en finir.

Mais pour Claire, ce sera différent. Elle va devoir survivre, pour lui, pour l’enfant, alors qu’elle voudrait le suivre, dans la mort si nécessaire. Vivre sans lui, c’est pire que mourir.

C’est lui, le soldat, qui va guerroyer, pourtant, c’est elle qui doit faire preuve de bravoure. Il le sait bien.

Alors, de sa présence, de ses gestes, de ses mots, il l’accompagne jusqu’à la pierre et porte sa main jusqu’à ce qu’elle traverse, à tout jamais. Rien de toute sa vie passée et à venir ne lui aura demandé un tel courage.

 

Jamais ils n’auront été si proches qu’au moment de s’éloigner. Jamais ils n’auront fait acte de s’aimer aussi profondément qu’au moment de se quitter.

 

 

 

 

Lorsque Claire et Jamie réalisent l’un et l’autre qu’il n’y a plus rien à faire pour tenter d’enrayer l’avenir, Claire, la sauveuse de vie, entrevoit l'assassinat du prince comme l’ultime solution. Tuer un homme pour en épargner des milliers. Accepter de porter le poids de cette mort, d’être responsable d’un meurtre. Et Jamie, qui jamais ne doute de la raison de sa femme – "dès que tu ouvriras la bouche, je te croirai", lui a-t-il dit après le procès des sorcières – se laisse convaincre. Oui, tuer le prince pourra sauver les hommes, et ce n’est qu’un juste retour des choses, car tant d’hommes sont déjà morts à cause de la folie du prince !  

  

Mais Dougal McKenzie, chef de guerre relégué au rang de subalterne se méprend sur les intentions de son neveu. Lui non plus ne veut pas faire confiance à celui qui, pourtant, n’a cessé de démontrer son allégeance. Difficile de savoir ce qui a prévalu dans la vie de cet homme rongé par la jalousie et le besoin de reconnaissance. Épuisé, affamé, déboussolé, et pas bien malin, il faut l’admettre, il jette sa hargne et sa désespérance sur ce couple qui est toujours parvenu à déjouer ses propres plans. Car finalement Jamie est désigné comme tuteur pour Hamish, le prochain Laird du clan McKenzie, Claire n’est pas devenue la veuve-héritière de Lallybroch qu’il voulait épouser, il n'a plus ni femme ni enfant et le prince Charles n’a pas apprécié son importance. Que lui reste-t-il pour justifier son existence ?  

 

Son combat contre Jamie, c’est l’ultime cri de désespoir, et son regard d’incompréhension lorsque Claire se joint à son mari pour enfoncer la lame plus profondément dans son cœur, en dit long sur son incapacité à percevoir la vérité sur ce couple hors du commun. 

Focus sur les épisodes :

"Le salut de Mary" et  "Le talisman"

Valérie Gay-Corajoud 

Autres textes qui pourraient vous plaire  

 

Haut de page 

Haut de page

Par Valérie Gay-Corajoud