MENU 

MENU 

De Randall à Fraser.

la transformation de Claire en 7 épisodes

Il est des vies qui s’écoulent harmonieusement, sans heurts, sans traumatismes, sans que jamais l’on n’ait à se questionner sur sa nature profonde et sur sa place au sein d’une société complexe. Il est des existences sans danger, sans abîmes, sans affrontements.  

Et puis il y a les autres.  

  

Doublement orpheline à l’âge de 5 ans, puis confiée à un oncle archéologue qui la transbahute à travers le monde au long de ses explorations, Claire n’a jamais eu l’occasion de vivre au sein d’un foyer stable et rassurant. Adulte, elle rencontre l’amour et se marie dans la foulée, avec un homme instruit et sédentaire, mais la guerre ne lui laisse pas la possibilité d’en profiter. Elle se porte volontaire pour être infirmière et affronte de plein fouet, la violence, la souffrance et la perte.   

Au retour de la guerre, elle n’aura que quelques semaines de douceur auprès d’un époux miraculeusement retrouvé avant d’être propulsée à travers le temps au cœur d’une Écosse en pleine occupation.  

 

De 1943 à 1945 : Claire est une femme dynamique et qui respire la confiance en elle. On le comprend très vite, la vie auprès de son oncle l’a sauvegardée d’une éducation patriarcale conventionnelle. Elle se prend en main, choisit d’aller à la guerre contre l’avis de son époux. Elle se démène sur les champs de bataille puis de retour à la vie civile, réintègre son couple, bien décidée à laisser l’horreur derrière elle. Elle est à nouveau lumineuse et souriante. Elle aime faire l’amour et revendique son droit au plaisir avec aplomb. On peut l’affirmer sans craindre de se tromper, Claire est moderne, peut-être même, en avance sur son temps, et ne saurait se satisfaire de la place étroite accordée aux femmes en ce milieu de siècle tourmenté. 

 

1743 : Voilà que l’inimaginable se produit, et peu importe la raison. Notre femme moderne se retrouve propulsée deux cents ans dans le passé. Quelle ironie du sort ! C’est peu dire que les femmes de ce siècle sont peu considérées et Claire devra l’apprendre à ses dépens. 

 

 

1-     Sassenach -  

 

Tout d’abord, sous le choc (elle évite de peu d’être violée par le sosie de son époux quelques minutes après son arrivée ! ça en dit long sur ce qui l’attend), Claire reste en alerte, ne dévoilant ni son identité ni sa provenance. Qui la croirait de toute façon, alors qu’elle-même n’en revient toujours pas ? Pour autant, elle ne peut en aucun cas refréner sa nature profonde qui est de soigner quiconque en a besoin, ce qui lui permet, par ailleurs, de trouver sa place assez rapidement au sein d’une population où elle traitée comme étrangère donc ennemie potentielle. En investissant le rôle de guérisseuse, elle prend miraculeusement un ascendant sur ces guerriers jusqu’alors menaçants.

Il est intéressant de remarquer que Claire n’est aucunement motivée par des considérations nationalistes. En effet, elle ne prend pas fait et cause pour les Britanniques, alors qu’elle vient de passer plusieurs années dans leurs rangs en tant qu’infirmière, mais pour ceux qu’elle estime opprimés. C’est donc sans aucune hésitation qu’elle informe les Highlanders d’un possible guet-append à leur encontre.

Il est à souligner que son enfance aventureuse auprès de son oncle, puis les dures années en tant qu'infirmière de guerre l'auront préparée à subir la rudesse de la vie écossaise et notamment de ces deux premiers jours de chevauchée. Le froid, la pluie, les nuits à même le sol, les repas épisodiques…Claire endure tout cela sans une plainte.

 

 

2-    Le château de Leoch 

 

Au fil des jours, Claire se glisse dans un quotidien où elle fait sa place. Finalement, son modernisme lui offre une posture à revêtir. Lutter contre les croyances arriérées – que ce soient celles du père Bain, ou celles des populations incultes – investir son infirmerie, comprendre les enjeux politiques des clans, et, de manière plus intime, faire plus ample connaissance avec Jamie, pour lequel elle a une tendresse toute particulière. D’autant qu’elle reprend espoir de retourner dans son siècle lorsqu’elle entend le barde Gwyllyn chanter la chanson de la dame de Balnain, qui, dit-on, a traversé les pierres par deux fois.

 

4-    Le serment d’allégeance 

 

Sa décision est prise, elle va s’enfuir, retrouver les menhirs dressés de Craigh Na Dun et en finir une bonne fois pour toutes avec cette aventure incroyable. Révoltée et insoumise, la volonté de Claire est son arme la plus aiguisée afin de résister à tout ce qui se met en travers de sa route.

Pourtant son plan échoue avant même qu’elle ait franchi les grilles du château, et c’est peut-être tant mieux, car il est fort probable qu’elle se serait fait attraper par les gardes du Laird. Sa faiblesse, c’est son ignorance de la rudesse de l’époque et de l’âme guerrière de ses habitants ! Elle réfléchit encore comme une femme de son siècle. Qui pourrait lui en vouloir ? Quoi qu’il en soit, la revoilà au point de départ, seule dans sa sombre infirmerie où elle pleure, pour la première fois.

 

5-    La collecte 

 

Mais elle n’a pas l’occasion de s’appesantir bien longtemps, car Dougal lui annonce qu’elle est enrôlée dans la petite troupe en charge de relever les loyers dans l’arrière-pays.

Une fois sur la route, tout change. Que ce soit en s’opposant à ses compagnons ou en comprenant petit à petit leurs motivations, elle n’est plus une étrangère, ni même une invitée, mais fait partie du clan. La rudesse du pays et l’oppression britannique viennent, d’une certaine manière, relativiser sa propre condition, comme si, en réalisant à quel point la vie était dure pour ces compagnons, elle finissait par accepter son sort. Mais plus que tout autre chose, ce qui la bouleverse, c’est la prise de conscience que, tous ces hommes auxquels elle commence à s’attacher, vont probablement mourir sur la lande de Culloden dans moins de trois ans. Claire, en plus de tout le reste, porte dorénavant sur ses épaules, le poids de Cassandre : savoir la terrible vérité et n’avoir aucun moyen d’en prévenir le désastre.

 

6-    Le commandant de garnison  

 

Décidément, l'existence de Claire est comme une tapisserie dont les mailles s’entrecroisent afin de dessiner un destin qui prend son sens dans un tableau final. Alors qu’elle se dispute avec Dougal, qui la soupçonne encore et toujours d’être une espionne anglaise – d’autant qu’elle vient de comprendre que ses hommes n’étaient pas des brigands, mais des jacobites en train de soulever des fonds pour une révolte – des soldats britanniques les embarquent de force. Ils réclament une explication sur la situation de cette Anglaise vivant au sein d’un clan de Highlanders. Tout d’abord invitée comme une lady anglaise par des officiers plutôt bon enfant, elle ne met pas longtemps avant de laisser échapper quelques réflexions qui démontrent de quel côté penche son cœur. Par bravade, ou peut-être encore un peu par insouciance, Claire prend fait et cause pour ceux qui la tienne pourtant prisonnière depuis des semaines. Décidément, quel que soit le siècle où elle se trouve, sa franchise ne lui fait jamais défaut.

Mais voilà que Black Jack Randall, laissant libre cours à sa folie, la malmène et la menace tant et si bien que Dougal n’a plus d’autre choix que d’intervenir in extremis pour la sauver. Quel retournement de situation ! Nous réalisons alors que, sans même qu’elle l’ait déterminé, Claire a définitivement choisi son camp.

 

7-    Le mariage     

 

Tout va encore s’accélérer pour Claire qui, du fait de son caractère impétueux, provoque d’incessants remous dans le clan des Highlanders. Le marché est simple : si elle veut échapper aux griffes acérées de Randall, la seule solution est de devenir Écossaise et pour ce faire il lui faut épouser Jamie. Elle a beau lui trouver du charme, elle n’en est pas moins déjà mariée à un professeur d’histoire du 20e siècle ! Même pour une femme de sa trempe qui semble libérée d’un joug religieux, quel qu’il soit, cela est pour le moins immoral. De plus, si elle approuve cette union, c’est comme si elle admettait être « prisonnière » de ce siècle pour le reste de sa vie. Cette lueur à laquelle elle s’accrochait s’éteindra.

Mais bel et bien, au fil des jours, les impératifs immédiats ont supplanté son obsession légitime de rentrer chez elle. La survie permanente prévaut sur toute autre considération, aussi accepte-t-elle le contrat. C’est décidé, elle ne sera plus Beauchamp, pas plus qu’elle n’était Randall. Elle sera désormais une Fraser.

 

Ce qui apparaît, lorsqu’on survole ainsi les sept premiers épisodes de la saga, c’est à quel point Claire, malgré un tempérament audacieux et une volonté farouche, ne peut lutter contre les évènements auxquels elle est confrontée. Ballottée par son incompréhensible passage à travers le temps et la réalité d’un pays sous occupation, elle doit privilégier la survie au détriment de la raison. Retourner aux pierres semble être l’action prioritaire et c’est ce qu’elle pense en tout premier lieu. Mais elle n’en aura jamais l’occasion, bien trop occupée à ne pas mourir, tout simplement.

Pour autant, Claire ne deviendra jamais aigrie, ni colérique, ni même déprimée, et c’est ce qui la caractérise. Alors qu’elle doit taire sa réelle identité et le motif de sa présence sur les terres écossaises, elle reste elle-même, celle qu’elle était aux côtés de son oncle, celle qui soignait des blessures inconcevables au cœur de la bataille, celle qui a toujours tenu tête aux hommes et à la destinée, celle qui brave le courroux des guerriers qui l’entourent.

Claire finalement, qui n’a besoin d’aucun patronyme pour exister.

 

 

 

Dans le fief des McKenzie, Claire doit s’adapter au plus vite afin de se soustraire aux soupçons qui pèsent sur elle, car en plus d’être atemporelle, elle est également une Anglaise en pays occupé. La perspective de retrouver sa vie d’avant la maintient debout et l’empêche de sombrer dans le désespoir. Elle prend patience, acceptant avec une certaine facilité, et peut-être même une certaine curiosité, cette nouvelle vie qui s’offre à elle. Des plantes à ramasser et à utiliser, des personnes à soigner, d’autres à rencontrer. De la musique et des légendes, des rituels, et même une amie en la personne de Geillis. Après tout, si cela ne doit pas durer, pourquoi ne pas en profiter ? Elle en aura des choses à raconter à son mari historien ! Propulsée en avant par une réalité qui la dépasse, elle n’a pas le temps de s’appesantir sur ce que cela provoque en elle.

 

3-    La légende de la dame de Balnain 

Par Valérie Gay-Corajoud

Valérie Gay-Corajoud 

Autres textes qui pourraient vous plaire  

 

Haut de page 

Haut de page