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Le temps de l'adoration

Par Valérie Gay-Corajoud 

A l’inverse d’un film, qui génère des sentiments aux contours précis et une réflexion qui trouve un début et une fin, une série télévisée offre une variété de sensations toujours en mouvement et qui, au fil des épisodes, s’infiltrent plus profondément en nous, se nourrissant de notre vécu, de notre évolution, de notre compréhension. Un chemin commun se forme, plus ou moins visible, plus ou moins lisible… et, que nous en soyons conscient ou non, notre façon d’aborder les épisodes évoluent sensiblement.

C’est ce que m’a fait ressentir le cinquième épisode de la cinquième saison : Adoration perpétuelle.

Il est comme une respiration à contre-temps, comme une pensée fugace, une impression passagère, une petite illumination… et, quoi qu’il en soit, un instant de grâce.  Pure poésie, jusque dans l’attente, jusque dans le doute, jusque dans le meurtre.

Claire reprend son rôle central et, à nouveau, sa merveilleuse voix nous guide dans les cheminements de son esprit droit et subtile. 

Elle nous parle du temps.

De ce temps qui n’est pas réduit à une seule route droite à sens unique, mais qui est un tout dans lequel nous évoluons. Le temps qui parfois fait se rejoindre deux actes, deux pensées, deux décisions. Le temps dont elle-même connait les chemins détournés, les soubresauts, et les accélérations.

Le temps qu’elle a parfois contré, remodelé, mais qu’elle a tout autant subi.

Le temps dans lequel toutes les parties qui la composent ont vécu entièrement, en actes et en pensées.

Ce temps dans lequel Brianna et Roger doivent se concorder… Faire coexister leur amour présent et les actes du passé dont ils ont été acteurs ou spectateurs, dont ils ont été conscients ou inconscients. Steven Bonnet du passé, peur du présent, projection dans l’avenir… un diamant en main et tout se rejoint. Comment faire pour ne pas devenir fou ? Seul leur enfant tient la ligne du temps comme cohérente et c’est sur lui qu’ils pourront s’appuyer pour se remettre en mouvement.

Ce temps dans lequel Jamie doit agir, en dépit de sa volonté, en dépit de ses valeurs…

Le passé dans la prison d’Ardsmuir qui dévoile son lien de parenté avec Murtagh FitzGibbons.

Le lieutenant Knox qui met l’avenir en danger, ce qui oblige Jamie à le faire taire absolument, malgré son attachement pour lui.  Le temps du meurtre, non pas une balle rapide et efficace, mais un étouffement, long, douloureux, qui oblige Jamie à prendre le temps du geste et à la volonté de l’amener à son terme.

 

Et puis le temps le ramène au présent, vers la femme qu’il aime. Le point d’ancrage, son centre, sa raison essentielle.  Auprès d’elle, en un sens, le temps se suspend.  

Mais ce temps surtout, il est pour Claire, qui défie la science en réinventant la pénicilline afin d’apporter la médecine de demain dans son présent. Son présent passé, son présent futur… Où tout prend sens par le biais de sa pensée dynamique…

Des personnes et des pensées qui leur sont reliées. 

Le passé avec le merveilleux Graham Menzies qui, bien malgré lui, enclenche le premier pas qui la ramènera à Jamie.

Joe Abernathy qui lui parle de la valeur de son cœur.  

 

Brianna avec laquelle elle décide de partir en Anglettere, comme un chemin précieux qu’elle refuse de faire sans elle.

Au présent, les jumeaux qui lui rappellent que le risque ne doit pas empêcher l’action.

L’avenir avec l’apprentissage de Marsali qui sera l’héritage de son savoir dans les années à venir…   

 

 

Mais au-delà, avant et après, Jamie qui revient vers elle, différent et identique, chargé de ses actes passé, mais entièrement dévoué.

Alors, pour elle aussi le temps s’arrête, se calme, se modifie. Comme s’il était un voile léger qui les entoure et les protège.

L’amour hors du temps… qui n’a que faire des frontières d’hier et de demain.

Le temps qui nous immobilise devant notre écran, le cœur battant, les yeux humides, les mains jointes… Parce qu’on nous parle de l’essence même de l’être, de sa fonction, de ses choix, de ce qui compte et de ce qui coûte. Du temps qui nous mène à ce que nous pouvons être, bien au-delà de ce que nous devons être.

Adoration perpétuelle, une âme qui veille en permanence pour que jamais le monde ne se trouve dépourvu d’humanité. Et Claire, agnostique pourtant, qui remet ses pensées tumultueuses à un Dieu apaisant, mais qui conclue que sur la question du temps, bien sûr, elle en sait assurément plus que lui.