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La ballade de

Roger Mac

L’ouverture de l’épisode nous offre un moment de tendre intimité entre Brianna et Roger qui doit partir se battre. La scène ressemble à s’y méprendre à celle où Jamie et Claire se disaient au revoir avant la bataille de Prestonpans. Pourtant, à l’inverse de Jamie, Roger n’est pas un guerrier, mais un intellectuel et nous tremblons pour lui, quoiqu’en vérité, il a déjà parcouru tant d’obstacles depuis son arrivée dans ce siècle tourmenté, qu’on le sent finalement tout à fait apte à combattre aux côtés des autres. 

Bree demeure donc seule, la peur au ventre. Elle laisse son époux, mais également son père et sa mère. Qu’y a-t-il de plus douloureux que de se tenir en arrière, impuissante ? Combien de couples à travers le monde ont vécu ce déchirement ? Un homme part à la guerre et sa femme doit rester auprès des enfants.

Mais inévitablement, il faut quitter les bras de la bien-aimée et se présenter en rang à la tête de la milice afin d’honorer son serment à la couronne.  

C’est troublant de les voir faire face aux tuniques rouges, non pas pour les affronter, mais pour se battre à leurs côtés. Là encore, il est difficile de ne pas faire le lien avec la bataille de Culloden où les fiers Highlanders ont été massacrés !  

Jamie tente bien d’intervenir pour rappeler à Tryon que les Régulateurs ne sont que des fermiers armés de leurs fourches pour la plupart, et que l’utilisation des canons n’est peut-être pas nécessaire. Mais c’est peine perdue, nous le savons depuis longtemps. Tryon et ses lieutenants n’ont que faire de la vie de ceux qui ne plient pas devant la couronne, et peu importe la légitimité de leur révolte.  

À la suite de cela, Jamie distribue à ses hommes des cocardes à accrocher à leurs chapeaux ou à leurs vestes. Le message est clair : c’est la seule chose qui les différenciera des régulateurs. Ce sont sur leurs compatriotes qu’on va leur demander de tirer et qui riposteront. Une petite fleur jaune arborée comme un signe de ralliement à la couronne… voilà tout ce qui les distinguera. Une cocarde n’est pas aussi visible qu’une veste rouge bien sûr, et il est fort probable qu’il y aura de terribles erreurs au cours des affrontements.  

 

Si la venue d’Isaiah Norton - qui a délaissé sa femme adorée pour se battre aux côtés de Jamie -, nous fait réfléchir à la motivation de ces hommes qui composent la milice, la présence des Brown est plus troublante et nous ressentons plus que jamais la fragilité de cette alliance boiteuse, voire, dangereuse.  

Saison 5, épisode 7

Valérie Gay-Corajoud 

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Par Valérie Gay-Corajoud

En une scène rapide, le scénario aborde tout un pan de la grande histoire longuement racontée par Diana dans son roman.

La résistance des régulateurs en amont, pour commencer, car bien évidemment, conscients de leur sous-nombre, ils souhaiteraient limiter les affrontements. Ils ont détruit un pont afin d’empêcher le ravitaillement de l’armée anglaise. Murtagh est cité, nous savons qu’il sera au cœur de la bataille. Et ensuite, la présence au camp du révérend Caldwel - celui-là même qui a marié Bree et Roger - et qui vient, au nom des régulateurs, proposer une entente sous condition, que Tryon, assuré de la victoire, va refuser.

Nous sentons le glissement de la posture du gouverneur vis-à-vis du conflit qui l’oppose aux insurgés. Ce n’est plus pour la couronne qu’il souhaite se battre, mais pour son ego. Il en fait une affaire personnelle comme en témoigne cette réplique :

« Leur route est tracée, tout comme la mienne ». 

D’une certaine manière, il rend service à Jamie, même s’il l’ignore encore. Car le colonel Fraser a juré allégeance au roi, et non à un gouverneur mégalomane et carriériste. Il sera plus simple de s’en libérer.

Alors que l’affrontement va débuter, Jamie se tient devant ses hommes.

- On ne vient pas tuer nos frères, leur dit-il, mais mettre fin à ceci. Inutile de faire de cette bataille un massacre. Faite des prisonniers, sauver des âmes. 

 

Dès les premiers instants, il est évident que les Régulateurs ne sont pas en position de résister à l’armée britannique. Tout aurait pu s’arrêter en queques minutes ! Mais Tryon veut faire un exemple, exterminer cette vermine qui s'oppose à sa toute-puissance. Alors il donne l’ordre de tirer. Les canons crachent leurs boulets destructeurs, encore et encore. Plutôt que de laisser fuir les insurgés, il les rattrape, les achève.

La bataille aura lieu finalement dans les bois, là où, peut-être les régulateurs auront un peu plus de chance, ce qui rend l’emploi des mortiers plus problématiques.

Nous assistons d’ailleurs à une scène où deux ennemis en train de se battre, sont tous deux mis à terre par le souffle du canon. Il est facile d’imaginer que beaucoup de soldats ont péri sous les armes de leur propre camp. La vie des hommes ne valait pas grand-chose, d’un côté comme de l’autre.

À Hillsborough, c’est un autre genre d’intimité à laquelle on assiste.

Claire et Jamie trainent au lit sous leur tente et devisent légèrement. Il faut dire qu'ils sont, hélas, habitués des champs de bataille. En attendant, ils peuvent encore se lover l’un contre l’autre et fêter dignement les cinquante ans du colonel Fraser. Petite chanson en hommage à Marylin Monroe et son fameux : Happy Birthday Mister President…

Ils ont appris à profiter du temps présent, comme un cadeau qui n’a pas de prix.

Alors que Jamie prie le défunt Dougal Mc Kenzie de se tenir à ses côtés durant le combat, Bree, qui a trouvé refuge chez les Sherston, amis de Jocasta Cameron, apprend que l'affrontement aura lieu à Alamance. En tant que fille d’historien et ancienne étudiante, ce nom ne lui est pas inconnu et très vite elle fait le lien avec la fameuse bataille qui vit la victoire des Britanniques contre le mouvement des Régulateurs et qui fut, au dire de tous, le déclencheur de la guerre d’indépendance.

Comme sa mère deux décennies auparavant, la voici détentrice d’une vérité incontournable sur une défaite à venir, et tout comme sa mère également, elle ne peut lutter contre le désir d’intervenir et s’en va au triple galop prévenir les siens. Dès lors, il faut avertir Murtagh et ses troupes qu’ils seront les grands perdants de l’histoire, quitte à prendre le risque de faire disparaître ce conflit pourtant capital. Tous conviennent que le déclic aura probablement lieu de toute façon et que, pour l’instant, le plus important est de mettre la famille et les amis à l’abri.

 Et quel terrible moment pour Bree de réaliser que le seul qui est en mesure de convaincre Murtagh, c’est Roger ! C’est elle et sa prophétie, qui envoie l’homme qu’elle aime derrière les lignes ennemies. Il n'est plus temps de faire marche arrière.

Le plus tragique, c’est que cela n’aura servi à rien. Quand bien même Murtagh se laisse convaincre, il ne parviendra pas à faire taire la rage de ses compagnons. Il est trop tard pour apaiser les tensions et le capitaine Roger Mac doit rejoindre les siens pour annoncer son échec.

Cet échec pourtant, il a peut-être l’opportunité de l’amoindrir, en persuadant son aïeule, Morag Mc Kenzie, qu’il croise par hasard sur le chemin du retour, de s’enfuir avant la terrible bataille. À l’instar de Claire qui tentait de convaincre Ned Gowan de ne pas encourager la révolte Jacobite, Roger doit trouver des arguments capables de remplacer sa connaissance inavouable d’une défaite inéluctable. Et s’il l’enlace une dernière fois avant de partir, ce n’est pas pour lui manquer de respect, mais parce que les liens familiaux et le désir de donner du sens à sa présence en ces lieux, l’empoignent littéralement.

Mais au 18e siècle, les hommes ne pratiquent pas ce genre de démonstration d’affection et le mari de Morag est en droit de s’offusquer.

Nous rencontrons donc enfin le fameux William Mc Kenzie, fils illégitime de Geillis et Dougal ! D’ailleurs, cela n’aura pas échappé aux fans, c’est Graham Mc Tavish qui reprend le rôle de cet homme aigri et très vite détestable. (Ce qui n’est pas forcément une bonne idée, si l’on veut mon avis, car William est censé n'avoir que 27 ans alors que l’acteur en a 60.)

Peut-être qu’en d'autres circonstances, Roger n’aurait pas tenté de lui tenir tête, mais les évènements précédents, la tristesse, le désenchantement, toutes ces émotions qui l’ont submergé le poussent à se rebeller lorsque William, dit Buccleigh, menace de frapper sa femme. Ensuite, ma foi, à trois contre un, il n’avait aucune chance.

Pendant ce temps, une scène pleine d’amertume se déroule dans le campement britannique.

Le gouverneur Tryon encourage Jamie à revêtir la tunique rouge, et, devant la mine défaite de l’Écossais, se fait un malin plaisir de préciser : « Vous êtes l’un de mes meilleurs officiers. Je ne voudrais pas qu’on vous prenne pour un insurgé ».

Il est difficile de savoir si Tryon est naïf au point de croire que Jamie est entièrement dévoué à la cause britannique ou s’il manie l’ironie en rappelant par ce geste symbolique qu’il n’est plus le temps de choisir son camp, mais de tenir parole. Je penche pour ma part pour la deuxième option. Tryon est tout sauf idiot.

Jamie résiste mollement, mais ne peut finalement se soustraire à un ordre direct. Le voilà maintenant de rouge vêtu, devant ses hommes dépités. Que dirait Dougal s’il le voyait ainsi ? Que dirait son père ?!

Il retourne, penaud, auprès de Claire, comme s’il fallait qu’il se soutienne de sa compréhension pour tenir le coup. D’autant qu’ils sont tous inquiets de ne pas voir revenir Roger.

Une nouvelle fois ils se séparent sans savoir s’ils se reverront. Peut-on s’habituer à cela ?

- Souhaite-moi bonne chance, demande Jamie à sa femme.

- Je n’aurais pas le cœur à te laisser partir sans dire un mot, lui répond-elle. Je suppose que « Bonne chance » fera l’affaire. Je t’aime soldat, ajoute-t-elle avant de l’embrasser tendrement.  

Nous sommes projetés des décennies en arrière lorsqu’elle le nommait ainsi au milieu de la tourmente écossaise.

- "Bonne chance" fait l’affaire, lui répond Jamie, mais "je t’aime", c’est nettement mieux.

Il s’éloigne et elle le regarde partir.

Pendant ce temps-là, un autre drame se produit.

Jamie croise finalement Murtagh dans la forêt, mais presque immédiatement, ce dernier est tué d’un coup de fusil par l’un des fils Finley à qui Jamie avait conseillé, quelques heures plus tôt, de faire feu dès qu'il en aurait l'occasion. Ce fils que madame Finley a confié à Roger sous condition qu’il le lui ramène en vie.

Murtagh s'éteint rapidement et sereinement dans les bras de son filleul et nous sommes dévastés.

D’une certaine manière, la série laisse enfin la main à l’œuvre originale de Diana Gabaldon qui n’avait pas permis à Murtagh de survivre à la bataille de Culloden.

Je me suis fait la réflexion à ce moment-là, qu’au moins, Jamie a pu être à ses côtés, alors qu’il avait tant souffert de n’avoir pas été présent à la mort de son père.

 

Mais cette mort, c’est la douleur de trop et devant la morgue de Tryon qui se réjouit de sa victoire, il laisse éclater sa colère. Il n’en peut plus de ce rôle qu’il a joué. De cette responsabilité qui lui pèse sur le cœur.

Dans un geste symbolique puissant, il retire cette veste rouge qu’il exècre et la jette au sol au pied du gouverneur.

- J’ai payé ma dette, dit-il, et nous savons à quel point cette dette lui a coûté.

 

Et pourtant, il n’est pas encore le temps de pleurer les morts, car Roger n’a toujours pas réapparu. Ils partent à sa recherche dans les bois jonchés de blessés et de prisonniers.

Nous finissons par le retrouver pendu à un arbre entre deux autres insurgés. Comme jésus sur sa croix entre deux voleurs. Pour faire exemple.