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Brianna 

 

Pourtant, Claire est enceinte à nouveau. Elle le sait, mais le nie… elle n’a pas le temps de penser à ça. Et puis l’avenir est fermé… elle ne peut faire cohabiter l’espoir d’un enfant à naître et le désespoir d’un peuple qui va disparaître.  Mais c’est compter sans Jamie. Il sait lui aussi ! Cet homme-là, qui a vécu une grande partie de sa vie auprès des animaux, attentif à leur cycle de reproduction, sait qu’elle attend un petit, comme il l’aurait su d’une pouliche dont il aime s’occuper. Pour lui, l’avenir, c’est cet enfant.

Tout à coup, la vie reprend ses droits. Tout à coup, ce qu’ils ont sacrifié n’a pas été vain et il peut accepter la défaite, la mort à venir, car ce petit emportera avec lui tout ce que lui-même n’aura jamais.

Alors sa décision est prise. Il renvoie Claire à travers les pierres pour que leur enfant soit à l’abri. Il renvoie Claire auprès de Frank pour qu’il ait un père.

Existe-t-il un acte d’amour plus beau que celui-ci ? Un geste plus altruiste ?  N’est-ce pas être un père exemplaire, que d’offrir à son enfant un avenir dont on est dépourvu ?

 

 

Extrait : Tome 2 : Le talisman 

— Jamie, dis-je doucement. Tu es content... pour le bébé ? 

Banni d’Ecosse, interdit de séjour dans sa propre maison et n’ayant que de vagues projets d’avenir en France, on pouvait lui pardonner de n’être pas trop chaud à l’idée de se retrouver avec une charge supplémentaire. 

Il ne répondit pas tout de suite, me serra un peu plus fort contre lui, poussa enfin un léger soupir avant de confirmer : 

— Mais oui, bien sûr, Sassenach. 

Sa main descendit plus bas, caressa mon ventre. 

— Je suis heureux. Et fier. Mais j’ai aussi terriblement peur. 

— Peur de quoi ? de la naissance ? Tout ira bien, tu verras. 

Je comprenais ses craintes. Sa mère était morte en couche et l’accouchement et ses complications étaient une des premières causes de mortalité féminine. Toutefois, je m’y connaissais en la matière et n’avais aucune intention de me soumettre à ce qui passait à l’époque pour de l’obstétrique. 

— Ce n’est pas tout, reprit-il. Je veux pouvoir vous protéger, vous envelopper de mon corps... toi et l’enfant, comme un manteau. 

Sa voix était douce et rauque, mais je sentais venir le hic. 

— Je ferais n’importe quoi pour toi... mais... je ne peux rien faire. J’ai beau être costaud et attentif, je ne peux pas t’accompagner dans cette épreuve... ni t’aider en aucune manière. Quand je pense à tout ce que tu risques... oui, ça me fait peur, Sassenach. Et puis... 

Il me tourna vers lui, une main refermée doucement sur mon sein. 

— ... quand je t’imagine en train d’allaiter notre enfant... je me sens m’envoler comme une bulle de savon prête à éclater de joie. 

Emue, je l’étreignis de toutes mes forces. 

— Oh, Claire ! reprit-il. Je t’aime tellement que j’ai l’impression que mon cœur va lâcher. 

 

 

Pour autant, leur vie parisienne ne leur laisse que peu d’occasion de s’intéresser à cet enfant en devenir.  Il n’est pas encore question pour eux de se projeter dans un avenir familial, puisque toute leur énergie est utilisée à faire avorter un massacre annoncé.

Comment pourraient-ils se concentrer sur leur simple bonheur, sachant qu’il serait au détriment de l’espoir d’un avenir écossais ?  Pourraient-ils être heureux ? On en doute bien sûr.

 

Et cette enfant meure. Les causes sont multiples, celles que nous supposons, celles incontournables de cette l’époque. Peu importe. 

Et puis, posons-nous la question, au-delà de la tristesse infinie. Quelle aurait été la vie de cette enfant ? Où était sa place au sein d’un couple dépositaire d’une telle responsabilité ?

Rien dans la vie de Claire et Jamie à ce moment-là, ne laisse de place à un bébé. Rien de l’avenir que nous leur connaissons ne pouvait prétendre à lui offrir une vie heureuse.

Ou alors… tout aurait pu être différent et on peut s’arrêter un moment pour imaginer ce qu’aurait été leur vie si Faith avait survécu.

Les enfants 

de Jamie 

Au moins reste-t-il Fergus ! Fidèle et reconnaissant, et petit Ian qui l'admire et l'aime comme un père. Car c’est ce qu’il est Jamie, et la vie a beau dire et beau faire, jusqu’à lui retirer ses enfants… il est un père, c’est sa nature.

Il est le père de Faith, de Brianna, de William, de Fergus, de Ian, de Marsali, de Joan. Il est le père de tous ceux qui se rangent à ses côtés pour vivre et bâtir.

 

La vie peut nous malmener de toutes les manières possibles. Nous restons qui nous sommes au plus profond de nous. C’est ce qu’il nous dit… Jamie.

 

Jamie et Claire seraient restés à Paris peut-être… élevant leur enfant aux côtés de Fergus, travaillant pour Jared, jouant leur rôle à la cour du Roi. Difficile de les imaginer dans cette vie étriquée et superficielle. Mais pourquoi pas ?

Quoi qu’il en soit, Faith est morte. C’est un fait. Son petit corps repose pour l’éternité en terre française. Et Claire et Jamie retournent dans leur chère Ecosse aux côtés de Fergus, ce fils adoptif… à la rencontre de leur destinée, aussi funèbre soit-elle.

Fergus que Jamie devra renvoyer à Lallybroch finalement alors qu’eux-mêmes marchent désespérément vers la maudite lande de Culloden, porteur à la fois d’un message essentiel sur l’avenir du domaine, et également pour être le messager de leur histoire. Leur fils qu’ils regardent partir au loin, comme le symbole d’un avenir qui ne sera pas.

 

… (Tome 2 : Le talisman) 

Fergus revint avec un petit encrier en verre et une plume dégarnie. Nous signâmes chacun à son tour, en prenant appui contre le mur. Murtagh signa le premier. Je remarquai que, outre Fraser, il s’appelait également FitzGibbons. 

— Tu veux que je le porte à ta sœur ? demanda-t-il à Jamie, pendant que j’agitais le papier pour le faire sécher. 

— Non, Fergus va s’en charger. 

— Moi ? 

L’enfant ouvrit de grands yeux ronds. 

— Oui, toi. 

Jamie me prit le papier des mains, le plia et le glissa sous la ceinture de Fergus. 

— Tu le porteras à ma sœur, Mme Murray. Ce papier vaut plus que ma vie, ou que la tienne. 

Le souffle coupé par l’énormité de la mission qu’on lui confiait, Fergus se tenait droit sous la pluie, les mains croisées devant lui. 

— Vous pouvez compter sur moi, milord ! 

Un soupçon de sourire traversa le regard de Jamie et il posa une main sur le crâne de l’enfant, en lui ébouriffant les cheveux. 

— Je le sais, Fergus, et je t’en suis reconnaissant. 

Il fit glisser le gros cabochon de son père de son doigt, et le lui tendit. 

— Va aux écuries et montre cette bague au vieil homme que tu verras là-bas. Dis-lui que je t’ai demandé de prendre Donas. Ensuite tu iras droit à Lallybroch. Ne t’arrête que pour dormir et, pour cela, cache toi bien. 

Fergus était tellement excité qu’il n’arrivait plus à parler. Murtagh lui lança un regard dubitatif. 

— Tu crois que le gamin réussira à monter ta bête infernale ? 

— Oui, j’en suis sûr, répondit Jamie. 

 

Par Valérie Gay-Corajoud

Claire s’en va, emportant en son sein cet enfant qui restera pour Jamie un amour désincarné. Pas pour longtemps se dit-il puisqu’il prévoit de mourir sur la lande. Mourir, puis attendre 200 ans pour retrouver Claire. C’est ce qu’il lui a promis.

Sauf que Jamie ne meure pas. Rien ne lui sera jamais épargné, pas même la vie.

 

William 

 

Alors Jamie survit. Comme il peut. Comme une ombre tout d’abord, puis comme un homme lorsqu’il a d’autres compagnons à soutenir, et enfin, comme un père, lorsque Lady Geneva lui offre un fils avant d’en mourir, Willie qui porte le prénom de son frère aîné.

 

Quelques années de bonheur, ou de quelque chose qui s’y rapproche auprès de ce fils caché où il pourra laisser exprimer cette partie de lui si fondamentale ! Mais voilà qu’à nouveau, aimer son enfant l’oblige à partir. A nouveau, il n’a pas le droit, pas le choix…

Tome 3 : Le voyage  

 

…la plupart du temps, Willie ne lui apportait que de la joie. Il adorait MacKenzie et, à mesure qu'il grandissait, passait de plus en plus de temps avec lui, chevauchant les gros chevaux de trait lorsque Jamie passait le rouleau dans les champs, ou jouant dans les charrettes l'été lorsqu'on rapportait le foin des hauts pâturages. 

Une menace pesait néanmoins sur cette existence bucolique, plus patente à mesure que les mois passaient. Par une triste ironie, elle provenait de Willie lui-même, et le malheureux n'y pouvait rien. 

- Quel adorable enfant ! Et comme il tient bien en selle ! se pâma lady Grozier. 

Elle se tenait sur la véranda où elle prenait le thé avec lady Dunsany, admirant les pérégrinations du petit lord autour de la pelouse. 

Comblée d'aise, la grand-mère éclata de rire. 

- Oh oui. Willie adore son poney. Nous avons un mal fou à le faire descendre de selle pour prendre ses repas. Et il s'entend si bien avec son palefrenier ! Nous plaisantons parfois en disant qu'il passe tellement de temps avec MacKenzie qu'il commence même à lui ressembler physiquement ! 

Lady Grozier, qui, jusque-là, n'avait pas prêté attention à l'homme qui accompagnait l'enfant, ajusta son lorgnon. 

 - Mais oui, c'est vrai ! s'exclama-t-elle. Comme c'est extraordinaire ! Regardez, Willie a exactement le même port de tête et la même façon de sortir ses épaules ! 

 

 

A nouveau Jamie doit confier son enfant à un autre père avant que l’entourage du garçon remarquent leur ressemblance.

 Est-ce humainement tolérable ? Quand bien même ce père, cette fois-ci est un ami, le prix à payer est insupportable.

Où Jamie va-t-il chercher les forces en lui pour rester debout ? pour continuer à être cet homme intègre ?

 

Joan et Marsali 

 

Il retourne à Lallybroch parce que c’est son nid, son enveloppe, son passé et, il l’espère son avenir.

Mais Lallybroch a vécu sans lui trop d’années et sa place est prise… à moins qu’il soit trop abimé pour reprendre cette place qui était la sienne. Quoi qu’il en soit, décalé, meurtri, solitaire… il pense qu’en élevant les enfants d’une autre, il pourra enfin, remplir son rôle de père.

Les filles de Laoghaire ne sont pas responsables de la folie de leur mère, et d’une certaine manière, elles méritent un père tel que lui. Mais c’est trop dur, impossible même ! Alors il s’en va, encore, trainant avec lui sa solitude comme un fardeau dont il ne peut se défaire.

Lorsqu’il rencontre Claire, Jamie n’a que 22 ans, mais derrière lui un passé douloureux, voire traumatique.  La mort de son frère aîné qu’il vénérait, puis celle de sa mère alors qu’il n’a que 8 ans. Et finalement, sa rencontre avec Jack Randall qui en fera sa proie de prédilection, le fouettant cruellement, ce qui entraîne, par rebond, la mort du père de Jamie qui assistait à l’exécution de la sentence. Et comme si cela ne suffisait pas, Randall met sa tête à prix, ce qui l’oblige à vivre comme un hors la loi.

Pour échapper à cette condamnation, il se cache au château de Leoch sous la protection du clan McKenzie, devenant donc prétendant au titre de futur Laird, ce qui ne plait pas à Dougal, chef de guerre, qui se réserve cette place de plein droit. Aussi, Jamie, obligé de vivre dans des murs tout autant protecteurs que dangereux, doit être en permanence sur ses gardes.

Pour autant, il reste un homme droit, courageux, intègre et bienveillant.

Qui pourrait prétendre qu’il n’a pas droit à une vie paisible auprès de la femme qu’il adore, malgré l’avenir sombre pour son pays et son clan dont il connaît dorénavant l’histoire à venir ?

 

Faith et Fergus 

  

Au-delà de ce qui lui arrive, Jamie a ce trait de caractère qui le définit plus que tout autre, d’être meneur, un homme qui aime prendre soin des siens. Un Laird à n’en pas douter. Il n’agit jamais pour son propre compte, mais toujours pour le clan ou pour l’un de ses membres. 

Ce à quoi il aspire plus que tout, c’est de vivre avec sa famille au sein de sa très chère Lallybroch. Aussi, lorsque Claire se croyant stérile, lui annonce qu’elle ne lui donnera pas d’enfant, Jamie est effondré. Même si, pour la rassurer, il assure à Claire que c’est aussi bien car ainsi elle ne risque pas de mourir en couche, sa déception transpire et c’est un coup supplémentaire sur ses jeunes épaules. 

Alors quelle joie pour lui d’apprendre quelques mois plus tard que, finalement Claire attend un enfant de lui ! C’est ce qui lui permet de se reconstruire après l’insupportable torture que BJR lui a fait subir. C’est un point lumineux dans un avenir pourtant bien sombre. 

 

Valérie Gay-Corajoud