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Valérie Gay-Corajoud 

A nouveau, nous avons besoin de respirer un peu. Et quoi de mieux pour cela qu’une petite balade en bateau le long du cape Fear avant d’arriver à la demeure de Jocasta.

Une petite réflexion typique de Claire à propos des esclaves qui montre que malgré les années passées, elle est toujours prompte à dire ce qu’elle pense, puis le cadeau de Jamie pour leurs 24 ans de mariage : Le coffret de médecine.

Au matin venu, nous les retrouvons heureux, détendus, en harmonie avec la nature. Claire, à nouveau dans son rôle de Cassandre, décrit l’avenir du nouveau monde, mais à l’inverse du destin de Culloden qui était scellé par la mort et l’anéantissement, elle peut peindre un paysage plus lointain, plus prometteur, dans lequel ils pourraient enfin trouver leur place.

 

 

La deuxième scène importante est celle où Bonnet raconte à Claire son rêve de noyade. Pour ceux qui ont lu les livres suivants, il est aisé de comprendre pourquoi ce rêve n’est pas anodin. Pour les autres, cette confession dépeint un être tourmenté, ambigu et intelligent dont la traitrise sera d’autant moins supportable. 

Tout d’abord la scène du cimetière, lorsque petit Ian se confit à son oncle à propos de ce qu’il a vécu en Jamaïque. Jusqu’alors, petit Ian n’était qu’un enfant. Même son enlèvement, évènement d’importance puisqu’il implique le départ de Claire et Jamie pour la Jamaïque, est très peu traité de son point de vue. 

Je ne sais pas comment amener cela sans paraître grivoise, mais bon sang, cet homme au corps parfait, au visage d’ange… donnerait à n’importe quelle femme l’envie de se jeter dessus… mais voilà qu’il songe, qu’il raconte, qu’il parle, qu’il philosophe… et c’est son esprit qui l’emporte !

Le ton est donné. Il n’y a pas de doute, nous avons bel et bien quitté l’Ecosse et ses décors verdoyants.

 

De l’entrevue de Jamie avec Hayes jusqu’à la pendaison de ce dernier, que nous raconte cette première scène ? Tout d’abord, qu’à nouveau les Fraser ont à faire avec les tuniques rouges. N’oublions pas qu’à cette époque, la Caroline est une colonie britannique et que les colons, venant d’Europe essentiellement, n’ont d’autre choix, pour espérer s’implanter en ces terres hostiles, que d’obéir aux lois drastiques imposées par les différents gouverneurs.

On comprend également que cela fait plusieurs mois que les Fraser ont échoués sur ces terres. C’est la magie du cinéma. Ces longs mois d’attente qu’ont vécu les téléspectateurs ont été remplis par une histoire qu’on nous laisse entrevoir. C’est un peu comme si, dans un même espace-temps, nous avions pris des chemins de traverse et qu’enfin nous refaisions route commune. D’ailleurs, lorsque Jamie rejoint Claire, Fergus, Marsali et petit Ian, nous comprenons instantanément que cette journée à laquelle on nous convie enfin, n’est que l’aboutissement d’un certain nombre d’évènements passés dont nous n’avons pas besoin de connaître les détails pour en comprendre l’importance.

Il n’a fallu que 8 minutes à peine pour que nous fassions partie de la famille à nouveau. Nous ne sommes plus dans notre salon, l’écran de télévision n’existe plus.  Nous sommes avec eux, pour le meilleur et pour le pire. La magie déjà opère. 

La discussion qui suit entre Tryon et Jamie est capitale et nous apprend énormément.

Tout d’abord, elle permet de rappeler que ce sont les même britanniques qui ont anéantis les clans écossais et qui aujourd’hui dirigent d’une main de fer les colonies américaines. Pour prétendre être colon il faut être croyant et avoir prêté allégeance à la couronne. Jamie rassure le gouverneur en lui apprenant qu’en tant que Jacobite gracié, il n’a eu d’autre choix que de faire cette promesse.

Certes, nous le voyons aux prises avec Geillis lors du bain de sang, et nous le voyons également ligoté dans la grotte d’Abandawe, mais il n’est qu’un personnage secondaire au centre d’une action première. Ce qu’il ressent, ce que cela implique pour lui n’est pas traité. D’une certaine manière, il n’est qu’un faire-valoir. 

Mais au cimetière, pour la première fois, son personnage est souligné. On prend fait et cause pour ce qu’il a vécu et ce que cela a impliqué pour lui. C’est à cette condition seulement qu’on peut s’y attacher, et Dieu sait que Ian est un personnage attachant. Nous savions que Jamie avait un lien particulier avec son neveu, il l’a dit, il l’a prouvé. Mais à partir de cette scène, on comprend pourquoi.

De plus, c’est à ce moment également que nous comprenons que ce qu’il a vécu avec Geillis n’est ni plus ni moins qu’un viol et qu’en cela il partage un vécu traumatique avec son oncle, et plus tard, avec sa cousine.

 

- Ça fait 24 ans que je t’ai épousée Sassenach. J’espère ne t’avoir jamais donné matière à le regretter.

- Je n’ai jamais eu de raison de le regretter, lui répond Claire.

Et tout passe dans leur regard.

 

C’est ce bonheur là… l’expression même de leur amour que, la nuit venue, Bonnet vient dévaster.

 

Générique… C’est parti. 

S’en suivent deux scènes qui semblent anodines mais qui, à la relecture, apparaissent comme fondamentales.

C’est à ce moment précis, même s’ils n’en ont pas encore conscience, que l’Amérique leur ouvre les bras.

Dans ce qui s'apparante à une deuxième partie, nous retrouvons Jamie et Claire lors d’un diner mondain chez le gouverneur Tryon où ils se rendent, afin de trouver acquéreur d’une pierre précieuse récupérée par Ian dans la grotte d’Abandawe.  Les conversations apparemment anodines dénotent une tension politique latente. Comme lors de leur séjour à Paris, ils savent se fondre dans le décor et n’ont aucun mal à échanger leurs tenues de voyageurs avec celles des nantis.  

On retrouve notre Jamie. Même regard, même allure noble, jusqu’au tricorne du temps de sa vie écossaise. Cette scène où il marche parmi la foule est un rappel de sa déambulation à travers les rues étroites d’Edimbourg alors qu’il rejoignait son imprimerie, quelques heures avant le retour de Claire à son époque.  Pourtant cette fois-ci, ce ne sont pas les écossais attelés à leur tâche quotidienne qui composent la foule environnante, mais les colons américains qui se sont amassés là pour assister à une exécution.

Nous sommes tout d’abord emportés par la philosophie poétique de cette introduction qui évoque la symbolique du cercle comme celle d’une continuité qui nous échappe…  Mais très vite, le traveling arrière sur le nœud coulant de la potence, claque comme un coup de fouet, et nous fait entrer de plein pied dans la réalité crasseuse des colonies de la caroline du nord au XVIIIe siècle

Nous avons tout accepté d’un coup, le voyage dans le temps, l’Écosse, le retour de Claire, le naufrage, et maintenant la Caroline du Nord. Nous ne sommes que des pantins consentants entre les mains de conteurs experts.

Et à peine avons-nous eu le temps de soupirer de bien être que Steven Bonnet, la nouvelle âme noire d’Outlander entre en jeu, comme Black Jack Randall l’avait fait lors de la première saison.

 

Jamie que nous avons vu depuis le début de l’épisode comme un meneur, responsable, décidé, patriarcal… est comme un petit garçon, apeuré et timide devant Claire et c’est beau cette façon qu’ils ont, l’un et l’autre, de rééquilibrer leur relation au fil des situations. Nous savons à ce moment là que leur couple est indivisible, qu’il résistera à tout. Nous sommes loin des doutes qui avaient perdurés lors du second passage de Claire à travers les pierres.

Comme à Paris également, ils doivent rapidement comprendre les implications politiques et les règles implicites afin de ne pas se mettre à dos les puissants.  

Jocasta Cameron, la tante de Jamie est à nouveau évoquée. Nous commençons à comprendre qu’elle sera bientôt un personnage important.

 

C’est son âme courageuse et droite qui nous font l’aimer ! c’est sa réflexion profonde et cultivée qui nous font vaciller. C’est sa tendresse et son respect infini qui nous font fondre… (bon... bien sûr, tout cela est incarné par un corps parfait… mais n’en parlons plus 😉) 

 

D’un point de vue personnel, quelque chose m’est apparu d’évidence lors de cette scène.

Jusqu’alors, j’avais toujours eu le sentiment que c’était Claire qui avait transformé Jamie. Qu’elle l’avait affiné, grandi. Aux côtés de Claire, il est devenu moins rustre, moins guerrier, plus réfléchi.

Mais autour de ce feu, alors que Jamie fait apparaître que même la mort ne peut les séparer en concluant : « rien ne se perd, tout se transforme », et que Claire, forte de son enseignement universitaire lui annonce qu’il vient de citer le premier principe de la thermodynamique, Jamie la ramène à l’essentiel : « non, c’est la foi » lui assure-t-il.

D’une certaine manière, Jamie a compris l’essence de la vie et n’a pas le besoin de se référer à des écrits. Il ne trahit pas sa pensée en la reliant à la pensée d’un autre. Il vit, il dit, il sait.  

Alors seulement, elle l’embrasse et ils font l’amour. Ce n’est pas ce corps qu’elle enlace, mais son esprit et nous convaincre de cela, lorsqu’on a Sam Heughan a moitié nu sur grand écran, croyez-moi, c’est du grand art ! Car ce ne sont pas juste deux corps qui se joignent ici, mais également deux âmes.  C’est cette complétude qui s’exprime et qui les lie de manière aussi intense. C’est la nature même de leur amour a travers la guerre et le temps et qui font d’eux bien plus que des amants.

Claire, qui est pourtant une femme prudente, semble sous le charme et personnellement, la toute première fois que j’ai vu cette scène (j’ai lu les livres après avoir vu la saison 4), j’étais persuadée que Bonnet allait être un ami, ou tout au moins un allié. Et c’est en cela qu’il est définitivement haïssable.

 

Nous en somme à 30 minutes d’un épisode qui en compte 60 et les évènements se sont enchaînés à une allure folle. La nuit est là, la forêt semble accueillante. Jamie propose à Claire de dormir à la belle étoile, elle dit aimer cela… et j’imagine que nous en avions tous besoin.

Outlander nous a habitués à cela : à entrer dans l’intimité de ce couple d’exception, à apprécier ces moments calmes et tendres qui font se côtoyer esprits et corps avec autant de force.

Cette scène au coin du feu est d’une intensité incroyable et casse le rythme dans lequel on nous avait précipités depuis le générique.

Tryon se pose donc en souverain et ne permet pas à Jamie de l’ignorer.

Ensuite, et c’est là que le piège se met en place, lorsque Tryon dit : « il y a la loi et il y a la réalité », il sous-entend deux possibilités.

- La réalité peut contourner la loi pour favoriser… par exemple, Jamie n’aurait pas besoin de payer toutes les taxes pour commencer à faire fructifier ses terres,

-  mais tout autant, il peut faire fi de la loi pour contraindre Jamie à combattre les siens, en l’occurrence, les régulateurs.

En fin stratège, Jamie sait que signer avec Tryon, c’est faire un pacte avec le Diable, d’autant que Claire, toujours dépositaire de l’avenir, sait que la révolution prochaine sera cette fois-ci en défaveur de la couronne. Mais l’un et l’autre se sentent attirés par ces terres sauvages, alors la décision est prise. Ils resteront ici, mais ne signeront pas avec l’envahisseur.

Tout est plié lors de la scène suivante où l’ont apprend en vrac que Marsali attend un enfant, que Leslie a peur de rester seul et préfère suivre son chef et que petit Ian voudrait bien rester lui aussi, mais que Jamie craint trop la colère de sa sœur pour oser ne pas lui renvoyer son fils par le premier bateau venu.

Une scène un peu bâclée, mais il faut bien avancer et il y a tant à découvrir !

D’autant qu’on nous annonce une visite chez cette fameuse tante Jocasta dont nous entendons parler de loin en loin et qui, cela ne fait maintenant aucun doute, est un personnage à la hauteur de son neveu.

Prologue : Amérique du nord, 2000 ans avant J.-C.

Cette ouverture nous prépare à une notion plus ouverte à propos du temps et de l’espace.

La danse autour des amas de pierres, rappelant sans aucun doute possible celle des druidesses de Craigh Na Dunn, nous permet de réitérer notre acceptation sur le fait que le voyage de Claire à travers les pierres n’est pas un cas isolé, et qu’elle n’est ni la première ni la dernière a en avoir fait l’expérience.

Ainsi, dans un simple plan, en plus de nous rappeler ce qu’elle a vécu, on nous prépare également à l’apparition de Dent de Loutre, le futur voyage de Bree et Roger ainsi que diverses allusions à venir à propos des voyages temporels.

Puis la voix de claire se fait entendre hors champ. Elle s’empare de cette réalité et nous invite à prendre part aux évènements à venir. Cette voix qui avait déjà accompagné les premières saisons de la série, est un guide que nous reconnaissons immédiatement et qui, comme un sésame, nous donne accès à l’histoire.

La belle Amérique 

Par Valérie Gay-Corajoud

Introduction de la quatrième saison

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