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Outlander,

ses héros et leurs religions

Wright Eisenhower déclara un jour « Notre gouvernement n’a de sens que s’il repose sur une foi profonde – peu importe laquelle. » Et oui, aux Etats-Unis, la religion n’est jamais bien loin. On la retrouve dans les actes politiques tels que l’investiture du Président mais aussi dans les médias, dans le sport... Cette religiosité est présente depuis la fondation des Treize Colonies qui devaient devenir les États-Unis.

Et aujourd’hui encore, dans un monde de plus en plus agnostique, 71 % d’Américains se disent absolument certains de l’existence de Dieu. Les assemblées religieuses sont très fréquentées et 60 % disent prier au moins une fois par semaine.

Il était impossible de comprendre l’origine de cette religiosité sans l’Europe et ses guerres de religions. C’est pourquoi, nous vous avons proposé une promenade historique à partir de la Renaissance et des Réformes religieuses.1 Et ce voyage nous a fait quitter l’Europe pour nous retrouver dans ce Nouveau Monde.

Les Anglais se sont emparés de la part du lion. Ils dominent le Nord du continent.

Cette terre fut terre d’accueil pour les nouveaux occupants, à savoir des Puritains en majorité, qui ont fui une société anglaise anglicane encore trop laxiste à leurs yeux.

Ils emmènent avec eux un anti-catholicisme pérennisé jusqu’à la guerre d’Indépendance.

Sans entrer dans les détails, nous pouvons dire que « cette terre promise » l’était, sauf pour les Papistes.

 

Et à l’exception du Maryland, toutes ces colonies furent fondées par des Protestants Anglais.

 

 

Voici donc les Treize Colonies Anglaises en Amérique du Nord, leur découverte et leur colonisation. 

Walter Raleigh, un autre anglais, accoste le 27 avril 1584 sur ce qui deviendra en 1607 la colonie de Virginie, ainsi nommée en l'honneur d'Elizabeth Ière, la « reine vierge » (supposée telle car célibataire). C’est à ce navigateur que l’on doit l’introduction du tabac en Virginie et il aurait ramené les pomme de terre en Angleterre.

 

En Hollande, la Compagnie Néerlandaise des Indes Orientales (la VOC) confie en 1609 une mission d'exploration au capitaine anglais Henry Hudson. 

Par le traité de Paris, la France cède à l'Angleterre ce qui lui reste de la Louisiane, la rive gauche du

Mississippi.

L’Espagne restituera la Louisiane occidentale à la France en 1800. Trois ans plus tard, ce vaste territoire fera l'objet du « Louisiana Purchase » entre Napoléon Bonaparte et Thomas Jefferson.

C’est sur cette terre de Louisiane que les Acadiens, des Français bannis du Canada, vinrent s’exiler dans

le delta du Mississippi au XVIIIe siècle.

Comment s’est organisée la colonisation dans les Treize Colonies anglaises américaines ? 

 

«  Qui tient la mer tient le commerce du monde ; qui tient le commerce tient la richesse ; qui tient la richesse du monde tient le monde lui-même » disait Walter Raleigh. 

  

Cette devise résume à elle seule la future politique économique du Royaume-Uni, qui deviendra, grâce en grande partie à sa supériorité maritime, la première puissance économique du XIXe siècle et le pays pionnier de la révolution industrielle.

 

C’est dans cet état d’esprit que les Anglais vont entreprendre avec succès la conquête de leurs possessions.

Comment arrivaient les colons anglais et qui étaient-ils? 

Tous puisèrent sur leurs propres ressources pour installer des métayers, des serviteurs sur des terres dont le roi leur avait fait don.

 

Théoriquement, ces nouveaux propriétaires étaient les «tenanciers » du Roi et ne versaient au début de la colonie qu’un paiement symbolique… queues de castors, flèches d’indiens !

Mais il en fut autrement avec l’arrivée au pouvoir des Hanovriens sur le trône anglais. Les taxes imposées à la colonie entrainèrent un mouvement de révolte qui aboutit à la Révolution américaine…

Le problème essentiel de cette colonie était le manque de mains d’œuvre. 

 

Il fallut faire preuve d’imagination pour trouver des migrants.

 

•       Des compagnies telles la Virginia Compagny ou la Massachussetts Bay Compagny, riches sociétés, engagèrent et payèrent le voyage et l’installation de main d’œuvre britannique.

On les appelait « ouvriers à forfait » qui travaillaient sur les possessions des Compagnies.

 •       Il y avait des volontaires qui ne pouvant assumer le prix du voyage acceptèrent de se louer pour un temps défini par un contrat en bonne et due forme à de riches propriétaires. Leur temps écoulé (parfois jusqu’à 7 ans), ils recevaient à leur tour une vingtaine d’hectares de terre. C’était les « serviteurs engagés à long terme ».

 •       Des prisonniers politiques furent envoyés comme « esclaves », tels des Ecossais rebelles. Ce sont des contrats de servitudes. Leur peine accomplie, la plupart resta en Amérique.

 •       Des sociétés « philanthropes » passèrent un accord afin de libérer des personnes envoyées en prison afin de créer une colonie, la Géorgie, qui servirait de rempart contre les Espagnols.

•       Pour les indigents anglais la situation économique de l’Angleterre se dégradait de plus en plus ; les agriculteurs, les artisans tombaient dans la misère. Les Écossais et les Irlandais étaient aussi particulièrement touchés.

•       Les oppressions religieuses dans toute l’Europe furent une des grandes causes de cette migrations, Allemands, Suédois, Irlandais, Ecossais, Français, Hollandais, Wallons, Flamands, Suisses. Mais aussi des Espagnols, des Portugais et des Italiens. Beaucoup fuyaient le spectre de la misère et l’oppression religieuse, tant catholique que protestante.

 •       L’attrait de l’aventure attira aussi plus d’un migrant.

Le 27 mars 1513, le navigateur espagnol Juan Ponce de Léon aborde un rivage fleuri au nord des Antilles.

 Il est le premier Européen à fouler le sol des futurs États-Unis. Cet ancien compagnon de Christophe Colomb croit avoir affaire à une île légendaire où se situerait une « fontaine de Jouvence ».

 

Comme c’est le jour de Pâques, il la baptise « Pascua Florida » (Pâques fleurie).

 

En fait, il s'agit d'une presqu'île et non d'une île, connue sous le nom de Floride 

Le navigateur anglais Francis Drake est  le héros  de  la victoire contre l’Invincible Armada. 

 

Il accoste sur la côte Pacifique californienne, le 17 juin 1579 au nom de sa souveraine, la puissante Elisabeth Ière. 

 

Il nomme l'endroit Nova Albion mais ce nom ne survivra pas à la colonisation espagnole

Celui-ci revient à Amsterdam avec un projet de colonisation à l'embouchure de la rivière qui portera son nom. Ce sera la Nouvelle Amsterdam, plus connue aujourd'hui sous le nom de New York. 

 

En 1620, a lieu l’arrivée du Mayflower dont nous allons reparler longuement. 

Ce sera la fondation de la Nouvelle Angleterre. 

Une occupation très progressive se met en route vers le Nord de ce Nouveau Monde.

Encore un mot sur la Louisiane qui ne fait pas partie de la colonie anglaise. 
Territoire de la Nouvelle-France, aux XVIIe et XVIIIe siècles baptisée en l'honneur de Louis XV par Cavelier de La Salle, cet immense espace allait des Grands Lacs au golfe du Mexique.
Le fleuve Mississippi constituait l'épine dorsale de cette colonie française qui remontait jusqu’au Canada.
Un an avant le Traité de Paris, la France cède à l'Espagne la Louisiane occidentale, c'est-àdire la rive droite du Mississippi (jusqu'aux Montagnes Rocheuses) ainsi que La Nouvelle-Orléans.

Certains s’y implantèrent, y firent souche…

Ce sont les Cajuns de Louisiane, les francophones de Louisiane.

Ici, on « laisse le bon temps rouler », dit l’adage cajun. Une philosophie héritée des Acadiens. Partout en Louisiane, le mot « cajun », qui est en fait une déformation de « cadien » prononcé à l’américaine, demeure utilisé.

 Les Ragin’ Cajuns forment l’équipe omnisports de l’Université de Louisiane et la sauce cajun promet de mettre un peu d’épices typiquement louisianaises dans votre gombo.

La colonisation va se poursuivre et les Anglais ne tardent pas à déloger les Hollandais de la côte Nord-Américaine et fondent sur le littoral Atlantique un total de Treize Colonies, qui accèderont à l'Indépendance en 1783, devenant les États-Unis d'Amérique. 

 

Nous entrerons dans les détails de ces 13 colonies dans des chapitres spécifiques.

 

Traditionnellement, on divise ces Colonies anglaises d’Amérique en 3 régions distinctes :

La Nouvelle Angleterre.

Les Colonies du Centre. 

Les Colonies du Sud

Les difficultés et les risques étaient énormes.

 

Ils étaient transportés par mer à des distances de 5000 km.  Ils devaient emporter ustensiles, vêtements, graines, semences, outils, bétail, armes et munitions.

 

L’état anglais s’en remit à des groupes privés, des particuliers richissimes, des grandes familles nobles, des bailleurs de fonds qui financèrent eux-mêmes cette grande aventure.

La première vision qu’eurent les immigrants de cette nouvelle terre fut une vaste étendue de forêts, un véritable trésor qui s’étendait du Maine au Nord, à la Géorgie au Sud.

 La nourriture offerte était abondante, huîtres, crabes, langoustes, des dindons, des cailles, des écureuils, des faisans, des élans des oies, des arbres fruitiers, des noyers, des baies comestibles.

 La terre était tellement riche qu’il fut facile de cultiver des petits pois, des haricots, du maïs et les courges. Les arbres transplantés pouvaient prospérer. Et les moutons, les chèvres, les cochons et les vaches s’y plaisaient également.

 

Ils y trouvèrent donc du bois de charpente, pour se loger, se meubler et se chauffer mais aussi pour construire des bateaux.

 Il y avait aussi d’autres matières premières telles que la potasse, utile pour les engrais et la fabrication de denrées, comme le savon.

Sur toute sa longueur, la côte offrait des petits bras de mer et des ports naturels capables de recevoir des navires de haute mer afin d’établir un contact commercial avec l’Europe. 

Si les voies fluviales étaient importantes, la formidable barrière que constituaient les Appalaches, notamment, fut un frein à la conquête des terres intérieures où seuls quelques trappeurs et commerçants osaient s’aventurer.

 

La côte Est en bordure de mer, seule, se développa rapidement.

 

Chaque petite colonie formait une communauté indépendante ayant ses propres débouchés avec la mer. La diversité, l’individualité des migrants, ainsi que les distances, empêchèrent l’organisation d’un gouvernement central et unifié.

Chaque colonie devint une unité marquée d’une forte personnalité, qui se révèle être plus tard la base du concept des « droits des États américains ». Cependant, les problèmes du commerce, de l’industrie, de la navigation, de la monnaie furent résolus par des règlements communs qui après l’Indépendance conduisirent au Fédéralisme.

 

Une caractéristique de cette immigration est à remarquer sur le long terme. 

 

Aucune tare sociale ou juridique ne marquait les hommes qui avaient accepté ces accords de demi-servitude.

Dans toutes les colonies américaines, un grand nombre de personnalités étaient soit des anciens domestiques soit des enfants de ces derniers. Ils constituaient tous le bien le plus précieux pour ce continent qu’il fallait peupler.

 Les richesses y étaient illimitées et leur développement dépendait des possibilités de les exploiter.

 

Une autre caractéristique est à souligner. 

Les  colons  non  anglais  s’adaptèrent pour la plupart à la culture et aux traditions des Anglais tout en maintenant les leurs.

 

Il est évident que c’est la langue anglaise qui fut le lien entre tous ces hommes qui pour la plupart lisaient la bible, en l’occurrence la bible en anglais, largement diffusée grâce aux imprimeries qui avaient suivi les migrants.

D’où qu’ils viennent, tous, ils essayaient d’apprendre cette langue mais gardaient en eux leurs propres coutumes et traditions.

C’est cette caractéristique qui va créer une culture originale américaine. 

Une famille pouvait passer d’un état à l’autre sans avoir à se réadapter de manière fondamentale mais chaque colonie gardait son style et ses caractéristiques ainsi que ses lois et règles qui les distinguaient les unes des autres.

 

Dans les prochains chapitres, nous verrons comment se sont développées les trois grandes régions de la côte Est-américaine et nous comprendrons comment les idéaux religieux des uns, l’esprit de liberté des autres, la tolérance ou l’intolérance, le besoin de pouvoir, l’esprit d’aventure… ont forgé un État qui sera prêt à se libérer de la mère-patrie l’Angleterre après une guerre fratricide…

 

Et que lisons-nous dans Outlander ? 

 

Voici quelques exemples non exhaustifs, glanés du tome 4 au tome 7 découverts par Gratianne

 

•       Les personnalités et caractéristiques des différents migrants : 

 *  Ils ont tous dû prêter serment d’allégeance à la couronne d’Angleterre.

 Jamie sous la contrainte avec les prisonniers à Ardsmuir (T3) et (Le prisonnier Ecossais) Jocasta et Hector Cameron (T5 CH53)

Hamish MacKenzie, enfant (T7-2 Ch22) -...

 *  Les volontaires :

Jamie et Claire ont décidé de rester en Amérique (T4)

 Fergus et Marsali, eux aussi, ont choisi de vivre en Amérique. (T4)

Jenny Murray décide de migrer à son tour pour suivre son frère Jamie. (T7)

 * De riches aristocrates anglais partent faire fortune en Amérique. La Couronne leur a donné des terres qu’ils doivent faire fructifier : par exemple Lord John Grey pour la famille Dunsany en Virginie. (T4)

 *  Pour fuir la misère, beaucoup de serviteurs, sans travail, espèrent se faire engager. C’est le cas de Joseph Wemyss qui est engagé sous contrat de servitude.

Sa fille Lizzie est sauvée par Brianna d’un sort peu enviable pour une jeune fille en l’engageant pour l’accompagner en Amérique :

«  L’homme qui la veut est un conducteur de bétail. Il est parti au marché vendre ses bêtes et va bientôt revenir avec de quoi racheter son contrat. » (T4 Ch 35)

Les Ecossais Archie et Murdina Bug, ouvriers à forfait, se font embaucher par Jamie qui rachète leur contrat. (T5 Le Gathering)

Mora et Buck Mackenzie (T6 Ch26 Alamance).

 *  La religion est le premier facteur de migration.

Nous l’avons vu dans précédents dossiers : « Outlander ses héros et leurs religions ». Ce sujet important sera développé longuement dans le prochain dossier qui va traiter des différentes Treize Colonies.

 

•       Les Compagnies maritimes : Nous voyons que les Capitaines de navires sont les premiers pourvoyeurs en main d’œuvre. Profitant de la pauvreté des passagers qui ne peuvent payer leur voyage, ceux-ci les revendent comme de la marchandise à de riches planteurs ou entrepreneurs sous contrats à forfaits de 7 ans.

 *  C’est ce que fait Stephen Bonnet, capitaine du Gloriana, pendant le voyage de Roger (T4 CH38).

*  Les frères Keziah et Josiah Beardsley ont été achetés à un Capitaine avec un contrat de servitude engagés à long terme pour 30 ans, après avoir perdu leurs parents sur le bateau. (T5)

 

•       Les prisonniers politiques :

 *  Les anciens prisonniers d’Ardsmuir sont dispersés dans les différentes colonies sous contrat de servitude (esclavage) pendant 7 ans. Ils ont dû prêter un serment d’allégeance à la couronne d’Angleterre.

 On va en retrouver quelques-uns à Fraser’s Ridge autour de Jamie.

Pour les principaux : Duncan Innés (T4), Chisholm Geordie (T7), Tom Christie et sa famille (T6), Hiram Crombie et sa famille. (T6), Lindsay Mundo et ses deux frères (T4), Amy Maccalum veuve Highlandaise (T6), Manfred MacGillivray. (T5), ...

 *  Des aristocrates Écossais Jacobites, sont venus se réfugier en Amérique et deviennent de riches planteurs : par exemple, la tante de Jamie, Jocasta avec son mari Hector Cameron. (T4)

 

•       Les aventuriers :

 *  Certains devenus pirates, flibustiers ou contrebandiers font du commerce illégal: par exemple l’Irlandais Stephen Bonnet, Wylie Philip, Gérald Forbes l’avocat et le notaire de Jocasta ... (T6).

 *  D’autres sont devenus trappeurs et commercent avec les indiens : John Quincy Myers (T4)

 

•       Les contrats pour devenir propriétaires terriens : 

 * Jamie avec le gouverneur Tryon à Wilimington : Concession pour avoir des terres : « Il

 faut être un homme blanc de plus de 30 ans, protestant et prêter serment d’allégeance

à la couronne. »... « La loi est une chose, la réalité en est une autre » ... Le gouverneur Tryon va utiliser Jamie en lui donnant des terres, pour arrêter la révolte des Régulateurs.» (T4)

 *  Des indigents, jeunes Irlandais, Anglais, Écossais, et Européens, fuient la famine et la misère : « N’importe qui peut demander vingt-cinq hectares à condition de bâtir une maison dessus et de promettre d’y travailler pendant 10 ans ». (T4 Ch8)

 * Les prisonniers politiques peuvent obtenir une vingtaine d’hectares, après 7 ans de servitude. Ils sont souvent trop pauvres et deviennent des métayers. (T5)

 

Nous constatons que des familles viennent de toute l’Europe Occidentale, et même au-delà̀, pour tenter leur chance et fuir la misère ou la répression religieuse : Famille Russe Chemodurow commerce avec Wylie Philip (T6), la famille Mueller d’origine allemande (T4), la famille de Hollandais qui a été́ massacrée (T6), des Irlandais ...,

 La population de Caroline du Nord, soignée par Claire comprend des Luthériens allemands, Quakers, Ecossais catholiques, Irlandos-Écossais presbytériens, communauté Moravienne (près de Salem) parlent un dialecte tchèque.

Claire et Jamie sont à̀Willmington, invités à diner chez le gouverneur Tryon avant d’aller chez Jocaste 

  

Tome 4 chapitre 7 « De grands projets pavés d’embûches » 

  

  

«  Le gouverneur tira sur son cigare et se pencha en avant vers Jamie d'un air mystérieux. — Puisque nous sommes seul à seul, monsieur Fraser, il y a un sujet dont j'aimerais vous entretenir. Encore un peu d'eau-de-vie ? Sans attendre la réponse, il saisit la carafe et remplit le verre de Jamie. 

 

— Le jeune Edwin Ame dit que vous êtes parmi nous depuis peu, reprit-il. Etes-vous au courant de nos conditions ? Jamie fit une moue indécise. 

  

— Je ne demande qu'à apprendre, monsieur, mais de quelles conditions voulez-vous parler ? 

 

— La Caroline du Nord est une région très riche. Pourtant, elle n'a pas encore atteint le degré́ de prospérité́ de certaines de ses voisines, notamment du fait de la pénurie d'immigrants désireux d'exploiter ses possibilités. Nous n'avons pas de grand port sur la mer, voyez-vous. Par conséquent, il nous faut faire venir les esclaves de Caroline du Sud ou de Virginie par la route, ce qui engendre des frais considérables. Nous ne pouvons pas non plus espérer concurrencer Boston et Philadelphie en matière d'ouvriers sous contrat. Depuis longtemps, la Couronne fait son possible pour encourager l'implantation de familles intelligentes, travailleuses et pieuses, afin de renforcer la prospérité et la sécurité́de tous. Il marqua une pause pour expirer la fumée de son cigare. 

  

— À cette fin, monsieur, nous avons établi un système d'octroi de vastes domaines à des hommes de bien, qui s'engagent à persuader un certain nombre d'émigrants à venir s'installer sur une partie de leurs terres. Cette politique a rencontré un franc succès au cours des trente dernières années. Un grand nombre de Highlanders et de familles originaires des iles écossaises ont élu domicile dans notre colonie. Tenez ! Quand je suis arrivé, j'ai été sidéré par le nombre de MacNeill, de Buchanan, de Graham et de Campbell installés le long des rives du Cape Fear ! 

 Cette fois, le gouverneur tira à peine sur son cigare. Il arrivait enfin au point où il voulait en venir. 

  

— Toutefois, il nous reste encore beaucoup de sol vierge sur notre territoire, plus à l'intérieur des terres, vers les montagnes. Elles sont un peu éloignées de la côte, certes, mais, comme vous le dites vous-meme,̂ pour des hommes habitués aux Highlands d'Ecosse... 

  

— J'ai effectivement entendu parler de ces concessions de terres, interrompit Jamie, mais j'avais cru comprendre qu'elles étaient réservées aux hommes blancs, protestants et âgés de plus de trente ans. Telle est la loi, non ? 

  

— C'est en effet ce qui est écrit sur le papier. M. Tyron se tourna dans son fauteuil pour tapoter son cigare contre le rebord d'un cendrier et je pus le voir de profil. Les commissures de ses lèvres frémissaient d'impatience. On aurait dit un pêcheur qui sent enfin quelque chose au bout de sa ligne. 

  

— C'est une offre très intéressante, reprit Jamie, mais je dois néanmoins vous signaler que, comme la plupart de mes compatriotes, je ne suis pas protestant. Le gouverneur repoussa cet obstacle d'un claquement de la langue. 

  

— Vous n'êtes ni juif ni neige. Permettez-moi de vous parler de gentleman à gentleman, monsieur Fraser. En toute franchise, la loi est une chose, la réalité́ en est une autre. Il leva son verre avec un fin sourire. 

— ... et je suis sûr que vous le savez tout autant que moi. 

— Peut-être même mieux, murmura Jamie. Le gouverneur lui lança un regard étonné, avant d'éclater de rire. 

  

— Alors, nous nous comprenons, monsieur Fraser. 

 

— Vous êtes certain que personne n'émettra d'objections quant aux qualifications de ceux qui acceptent votre offre ? 

  

— Absolument. Tout ce que je cherche, ce sont des hommes bien portants sachant travailler la terre, rien de plus. Et ce qui n'est pas demandé n'a pas besoin d'être dit, n'est-ce pas ? »... 

Illustrations : Gratianne 

Texte et recherches historiques : Françoise 

 

 

 

Bibliograhie

 

•       BERENGER Jean, DURAND Yves, MEYER Jean, Paris, Pionniers et Colons en Amérique du Nord, Armand Colin, 1974

•       BERNANT Carmen, GRUZINSKI Serge, Histoire du Nouveau-Monde: Les métissages, Paris, Fayard, lieu, 1993

 

•       BORSTIN Daniel, Histoire des Américains, Robert Laffont, Paris, 2003

 

•       DICKISON John, MAHN-LOT Marianne, 1492-1992 Les Européens découvrent l'Amérique,

 

•       Lyon, Presses Universitaires de Lyon, 1991

 

•       HEFFER Jean, WEIL François (Dir), Chantiers d'histoire américaine, Paris, Belin, 1994

 

•       KASPI, André, Les Américains, I. Naissance et essor des Etats-Unis 1607-1945, Paris, Editions du Seuil, 1986

•       MEYER Jean, L'Europe et la Conquête du Monde, XVIe-XVIIIe siècle, Armand Colon, Paris, (1ère éd 1975), 1990

 

•       OUELLET Réal, La Relation de voyage en Amérique (XVIe-XVIIe), Au carrefour des genres, Laval, Editions du Cirel, Les Presses de l'université́,2010

 

•       TROCMÉ Hélène, ROVET Jeanine, Naissance de l'Amérique moderne XVIe-XIXe siècle, Paris, Hachette Livre, 1997.

 

Voici le lien des autres dossiers :

Outlander, ses héros et leurs religions  

La découverte de l'amérique 

Nouvelle France, Nouvelle-Ecosse 

Les indiens de la Caroline du nord  

 

 

Et pour terminer, une petite leçon de français louisianais….

Texte :  Françoise Rochet 

Illustration : Gratianne Garcia 

La fondation des 13 colonies 

Et un peu de musique… Travailler, c’est trop dur.

 

Une chanson de Zacary Ricard, le chantre Cajun

« Le monde observe donc l'Amérique - la seule grande puissance de l'Histoire à être constituée de personnes venues des quatre coins de la planète, comprenant toutes les races, religions et pratiques culturelles - pour voir si notre expérience en matière de démocratie peut fonctionner. (...) Pour voir si nous pouvons nous hisser à la hauteur de nos convictions.". "Une Terre Promise", Barack Obama, août 2020